Gargantua et Gloutonna

14 novembre 2011

Il était une fois un couple qui adorait manger. Avant de se mettre ensemble, ils aimaient déjà chacun de leur côté les petits plaisirs de la table alors cela n’allait pas disparaître après. Chaque midi, Gargantua demandait à Gloutonna ce qu’elle voulait manger, chaque soir Gloutonna demandait à Gargantua ce qui lui ferait plaisir de déguster.

Petits plats en sauces, gâteaux, fromages, viandes rôties, amoureusement préparés à tour de rôle, composaient leur menu quotidien. Ils trouvaient qu’aux soirées auxquelles ils étaient invités on ne mangeait pas assez bien, alors ils décidèrent de toujours manger avant, tant pis s’il s’agissait d’un dîner, ils auraient bien encore un peu de place, leurs plats à eux étant meilleurs de toute façon. A ces mêmes dîners et soirées ils expliquaient à ceux qui les invitaient ce qu’ils s’étaient fait à manger avant de venir : des pâtes à la crème, délicieuses.
À toute personne qui ne l’avait pas demandé, ils racontaient leurs histoires de restaurants, tous invariablement délicieux et copieux, dans lesquels ils avaient leurs habitudes.

Gargantua prenait de la brioche, Gloutonna faisait du capiton, mais ils continuaient inlassablement de se demander ce qui leur ferait plaisir de manger.

Puis un jour le pays traversa une terrible crise, elle contraignait chaque citoyen à se serrer la ceinture : plus de viande, de crème, de beurre frais. Plus de bonnes choses, le pays était à la ruine, l’alimentation était hors de prix, la population était à la diète, chacun survivait en mangeant du chou bouilli. Gargantua et Gloutonna souffraient terriblement de cet état. Non seulement ils n’avaient plus rien de bon à manger, mais ils n’avaient plus rien à se dire, on ne dit pas à quelqu’un qui fait bouillir du chou et uniquement cela qu’il faudrait y rajouter encore une lichette de crème fraîche. Les temps étaient durs, alors on n’invitait plus personne. Les temps étaient terribles, on n’allait plus au restaurant.

Un jour, Gargantua, rendu fou par la frustration, décida d’ouvrir les provisions qu’il avait gardées dans un coin de l’appartement en cas de coup dur, des herbes, de l’huile, une bouteille de vin et des pommes de terre . Il fit chauffer le four, concocta une belle sauce pour la viande qu’il allait faire rôtir.

Ce soir-là, il fit un festin de roi et plus jamais personne n’entendit parler de Gloutonna.


16 réactions effrénées à “Gargantua et Gloutonna”

  1. Alphonsine le 14 novembre 2011 13:03

    C’est absolument effroyable, mais tellement bien écrit ! Une nouvelle noire, mais noire… Je me suis régalée !!!

  2. Juliette le 14 novembre 2011 15:32

    Ohlala.
    Je ne suis pas de ceux qui trouvent que ta vie est de moins en moins intéressante, au contraire, je me régale sans cesse.
    Mais alors là… Ecrire une fiction, c’était osé (sur un blog perso, j’entends). Pari réussi !!
    UNE AUTRE, UNE AUTRE, UNE AUTRE !!!

  3. Antoine le 14 novembre 2011 18:31

    Ma pauvre Marion, il a si bon appétit, DG ? Sauve-toi vite on tient à toi ! Heureusement que « Les Experts » sont là pour réprimer ce genre de pratiques et dissuader les candidats-ogres à grands coups d’ADN et de dissections…

    Ma

  4. Antoine le 14 novembre 2011 18:33

    is évite de dire à tes amis que tu as déjà mangé, et bien mieux, avant de venir chez eux. Ça fait mauvais effet !

  5. Marion le 14 novembre 2011 18:42

    @Juliette et Alphonsine : Merci :) Je pense en fait tenter de publier une mini fiction/fable par semaine, juste pour tenter de me discipliner un poil (je manque cruellement de discipline)

    Antoine : C’est de la fiction hein ! Je précise à tout hasard que jamais je ne ferais un truc aussi impoli que d’annoncer avant d’arriver chez quelqu’un « on a préféré manger chez nous, c’était meilleur ».

  6. Anthony le 14 novembre 2011 19:16

    C’est sympa cette petite nouvelle

  7. Laurent le 15 novembre 2011 15:08

    Punaise j’ai deux articles de retard… Bon je commente pas le précédent n’étant ni Breton, ni perturbé par les nouveaux axes d’écritures de (il est pas là le DG ? Ok c’est bon) de la belle Marion.
    Par contre qu’est ce que ça parle bouffe !! Punaise, c’est pas un blog de filles « ouh là là chérie j’ai pris 852 grammes ! Comment vais je mettre mon bikini… » ? Ah non c’est le blog de Marion.
    Sympa la petite nouvelle (non pas Marion ! La production littéraire…) !
    Par contre, comme dit Freud, c’est quoi le symbole sexuel du Monsieur qui mange la Dame ?

  8. Raimbault Emmanuelle le 15 novembre 2011 22:20

    BORDEL il manque les 7 gosses à bouffer d’abord quand même Marion…Un jour Gargantua ouvrit le congélateur ,en sortit un nouveau né qu’il prépara amoureusement pour sa belle.Tout conte doit avoir une fin heureuse.T’es pas loin d’un conte roumain qui explique la naissance de bonhommes et femmes en pain d’épices que prépare l’héroine BOJENKA à son ogre de mari pour le dégouter d’elle,sauver sa peau et enfin pour qu’il devienne végétarien…La connaissais tu cette histoire????J’avais aussi l’article sur le breton de retard et tu parles à une brestoise…c’est bon je m’y suis collée!

  9. Marion le 17 novembre 2011 11:47

    Petite précision technique, j’ai eu un souci de Base de données hier et aucun des comms ne passait, donc si votre comm n’apparaît pas, il n’a pas été modéré, il s’est juste perdu dans les limbes d’Internet (Moi de mon côté j’ai reçu un mail d’alerte de nouveau comm complètement vide…)

  10. natoussia le 18 novembre 2011 12:30

    Très rigolo, bravo !

  11. Adam le 19 novembre 2011 14:15

    @Raimbault Emmanuelle : « Un jour Gargantua ouvrit le congélateur ,en sortit un nouveau né qu’il prépara amoureusement pour sa belle »

    C’était pas Véronique Courjault ça?

    @Marion: J’ai bien aimé je m’attendais pas à tomber sur une fiction.

  12. Une semaine sur la blogosphère | le 21 novembre 2011 19:03

    [...] me suis régalé avec l’exil de Gloutonna au pays de Gargantua, parce que moi aussi j’ai un mari cuisinier…et non je ne m’appelle pas Marion !   Le [...]

  13. Ma semaine avec # 1 # le 22 novembre 2011 9:05

    [...] cookies, un dimanche en novembre chez  La Fille Ordinaire … Je me suis régalé avec l’exil de Gloutonna au pays de Gargantua, parce que moi aussi j’ai un mari cuisinier … et non je ne m’appelle pas Marion !… Le [...]

  14. Izzie le 27 novembre 2011 12:43

    Excellente nouvelle! La gestion de la chute est bluffante !

  15. Emmanuelle Raimbault le 5 décembre 2011 15:01

    A Adam oui c’est Véronique et alors on n’a pas le droit d’être fan?

  16. Albane le 5 décembre 2011 22:24

    Excellent, merci ! (le récit bien-sûr, je n’ai pas goûté Gloutonna)

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