Le bricolage relationnel

28 avril 2008

Il y a quelques semaines, j’étais allée boire un Coca avec un lecteur de la première heure. Ancien lyonnais, cela fait deux ans qu’il est à Paris. Tous les deux on a fait la même observation sur les différences entre nos vies de provinciaux et nos vies parisiennes.

A Lyon, dans cette jolie ville de province. Tous nos potes sont en couple. Du genre sérieux. Casé, maqué, installé. Limite on en est à se demander quand est ce qu’ils vont faire un petit. Quand je faisais des soirées filles, j’étais le phénomène de foire, la distraction, une sorte de one-woman show qui raconte ses histoires de merde. Vu qu’elles avaient toutes un copain qui les attendait.

Des fois c’était drôle, parce que les prétendants d’une célibataire on peut en dire du mal gratuitement, et en rire en sifflant le vin blanc. D’autres fois, c’était carrément moins marrant, comme quand avec une copine de Dassou j’avais eu cette discussion cultissime :

« Mais Marion tu es célibataire ?
- Mais oui pourquoi ?
- Bah ça va ? Tu le vis bien ?
- M’enfin oui…
- Mais tu ne te sens pas trop seule ?
- Mais pourquoi je me sentirais seule ?
- Bah t’as pas de mec… »

Dire que des générations de femmes ont manifesté pendant cent ans pour obtenir l’égalité… Bref.

Le jeu aussi, c’était de me présenter les copains célibataires des uns et des autres. Bon je ne reviens pas sur les calamités successives : les fous, les dépressifs, les instables, etc.

Et j’exagère à peine ce côté Bridget, je vous le jure.

Par contre ici, dans les quelques cercles dans lesquels je gravite, c’est la bidouille généralisée.

Je passe une soirée avec dix personnes de mon âge et plus. Tous célibataires et affiliés.

Je vais chez Flo, qui est morte de faim, rappelons le, elle nous ramène deux de ses potes, plutôt parfaits de leur personne (mignons, grands, drôles, sympas, taff qui tue) : en pleine bidouille avec des filles obscures. Isa bricole, je fais de même. Simon couche à droite à gauche. On se prévoit des soirées chasse entre filles. Un des seuls mecs en couple que j’ai croisé m’a lamentablement draguée.

On fait du bricolage relationnel. Toujours plus ou moins quelque chose en tête, que ce soit quelqu’un ou les restes d’une vieille histoire qui se traine en longueur, mais au final il n’y a rien de concret. On rapièce, on se fuck-friend, on invente de nouveaux concepts pour avoir nous aussi droit à un peu de tendresse.

Je préfère ce bricolage-là à mon bête de foirisme lyonnais. Carrément.

Parce que j’ai l’impression de retrouver mes 18 ans, quand on se faisait des virées sorties entre copines, et que le lendemain on se racontait qui on avait dragué. Parce que même si on râle, si on proteste en terminant des œufs brouillés vers 5 heures du matin : « instables de mecs !», c’est rudement bien de se sentir un peu insouciant de temps en temps.


13 réactions effrénées à “Le bricolage relationnel”

  1. B_Lec le 28 avril 2008 16:08

    "Je préfère ce bricolage-là à mon bête de foirisme lyonnais. Carrément."

    Traîtresse va!

  2. LeMéchantMax le 28 avril 2008 16:37

    "On rapièce, on se fuck-friend, on invente de nouveaux concepts pour avoir nous aussi droit à un peu de tendresse."
    Ca fait plaisir à lire un peu d’honnêteté ! Comparé à d’autres …

  3. romain blachier le 28 avril 2008 16:56

    il est vrai qu’a lyon on sent qu’il y moins de possibles dans le domaine

  4. Jujupiter le 28 avril 2008 17:33

    Ah, moi, une fois, dans ma province natale, on m’avait dit: "T’es toujours celibataire? Tu sais, au bout d’un moment, il faut que tu comprennes que ca vient de toi!".

    Vive les capitales!!!

  5. Eracius le 28 avril 2008 17:48

    Pareil. On sonde régulièrement mon moral pour être sur que mon état de célibataire ne provoque pas de poussée suicidaire…

  6. tectaunique le 28 avril 2008 18:37

    Boh, faut pas s’en faire ;)

  7. Universe le 28 avril 2008 18:58

    Pauvre célibataire dépressif que nous sommes … étrangement les gens en couple ont souvent beaucoup plus de problèmes : >

    L’insouciance apporte beaucoup moins de soucis :)

  8. MariondeLyon le 28 avril 2008 19:18

    rhhhaaa j’ai l’impression de lire le résumé de ma vie actuelle !
    Marion, Lyon, les potes casés, les soirées filles celibataires sans célibataires (sauf moi!!) et la présentation des copains ! Pffffff, et le pire c’est que j’ai quittée Paris pour ca ! Je crois que je vais faire demi tour, finalement ! ;-)

  9. LeMéchantMax le 28 avril 2008 21:09

    "Pauvre célibataire dépressif que nous sommes … étrangement les gens en couple ont souvent beaucoup plus de problèmes : >"
    Dans ce cas autant resté célibataire non ? … ;-)

  10. Tim le 28 avril 2008 22:00

    J’te suis à fond. Change rien :)
    (oui j’aurais pu commenter avant mais là j’avais envie, na)

  11. sunrise le 29 avril 2008 0:14

    Pas sur que ce soit qu’à Lyon ce genre de choses et on en est vraiment libéré à Paris? ce que je déteste aussi ce sont les faire-part de mariage avec la petite note du genre: "merci de dire si vous venez accompagné" (une copine qui vient d’emmenager avec son copain m’a fait le coup pour un simple diner: non, ça me fait pas rire!)

  12. Simon le 29 avril 2008 0:46

    Simon couche à droite à gauche…

    Ca me fait penser à un truc. Y’a qques temps j’ai encore entendu ce mensonge éhonté : "Nan mais tu vois, un mec qui couche c’est un bogosse et une fille qui fait pareil c’est une salope."

    C’est juste une putain d’excuse pour que les nanas puissent nous culpabiliser et faire les pires puteries que l’on puisse imaginer.

    Un mec qui couche aujourd’hui c’est un queutard, et on te le fait clairement comprendre. Alors qu’une nana qui fait de même, c’est une femme libre qui assume sa sexualité.

    Il serait temps que ça change tout cela.

  13. L’amour post-moderne dans Le Monde Tranquille de Marion le 28 août 2008 19:16

    [...] que sans être dogmatique, j’essaie parfois, je prêche inlassablement la théorie du bricolage relationnel et de l’amour [...]

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