Le paradigme de l’amitié

22 mars 2009

Le titre est un hommage à un épisode de The Big Bang Theory, dans lequel un des personnage, physicien surdoué, pense que se faire des amis résulte d’une équation mathématique.

Alors qu’on disait du mal des mecs autour d’un cocktail sans alcool. Il était dimanche, 17h30, c’était trop tôt pour un Mojito. Capu m’a demandé si j’avais envie d’être avec un mec.

En substance oui, c’est un peu le but de toute le monde, on nous a appris que l’on fonctionnait par deux, rien que pour se reproduire, c’est déjà ça. Etre plusieurs pour affronter ce qui nous entoure, ce n‘est pas du luxe. Puis il y a le besoin de chaleur humaine, tout ça.
Sauf qu’être avec quelque un pour dire de pas être seule, non merci. Pleurer tous les soirs parce que je sors avec un con, non merci. Si j’ai une histoire, va falloir qu’elle soit sacrément belle.

J’aime bien l’expression « histoire », ça peut dire plein de trucs, une folklorique aventure dans un bar, un moment d’égarement à moitié saouls dans une soirée guindée où faut pas se faire repérer, une jolie histoire de cul, ou encore une chouette histoire d’amour. J’ai eu plein d’histoires, il est vrai, mais de jolie histoire d’amour point, même en gardant le singulier, jamais le bon timing ou la bonne personne. Mais je ne suis pas si vieille que ça, ne perdons pas espoir.

Par contre je suis une pro, une experte, une intégriste des jolies histoires d’amitié. Les moments magiques avec des gens, juste parce qu’il y a une putain d’alchimie, un truc qui se passe, même qu’on se dit que ça va durer toujours. Sacré parallèle avec les histoires d’amour, aussi.

Tenez, en dernière année d’école, il y a un an et demi donc, j’avais une foutue bande de potes avec lesquels on a passé une année juste magique, en reste une petite moitié, le reste en ayant plus rien à branler. Pas faute d’avoir harcelé la terre entière pour qu’on se fasse des trucs.

Avoir une belle bande de potes est un bon moyen de lutter contre la solitude, pour remplacer un life partner. Je suis la pro des amis garçons hétérosexuels et célibataires. Pendant un temps, on se raconte tout, on s’appelle, se sms, jusqu’au jour où le garçon rencontre quelqu‘un et qu’il n’aie plus rien à me dire. Cynique, mais vrai, il avait besoin d’une présence féminine, j’étais là, parce que je suis quelqu’un qui est souvent là. Ca m’est arrivé plusieurs fois.

J’ai tendance à être une intégriste de l’amitié, à énormément prioriser mon temps pour ces gens là. J’ai réalisé que beaucoup s’en foutaient, je donne donc la priorité à ceux qui me la donnent. Type Dassou, 23 ans qu’on se connaît : toujours la même alchimie et les milliers de trucs à se raconter et les mêmes fous rires stupides à 4 vodkas plus tard. Au final, si je sais que je garderai Dassou toute ma vie, combien de personnes qui comptent resteront? Combien m’enverront encore des SMS d’ici quelques mois? Combien penseront ne serait ce qu’un peu à moi?

Finalement, le mec, le pavillon en banlieue et le labrador qui tente de tuer mon chat ça doit être une putain de solution à cette insécurité sociale : les gens bougent, se déplacent, tombent amoureux, au final, qui reste? Qui part? Qui vous aime encore après que le temps où l’on se voit régulièrement à causes de facteurs divers (études, boulot, voisins, groupe de potes) est révolu?

Si les histoires d’amour finissent mal en général, les histoires d’amitié finissent dans l’indifférence générale.

On ne rompt pas, on cesse de se parler et finalement on devient tout un tas d’étrangers avec des souvenirs communs.

31 commentaires à “Le paradigme de l’amitié”

  1. Volodia dit :

    Touchant…
    Surement parce que je me reconnais la dedans !

  2. Tudor dit :

    Tout a fait lucide ! Tres bon.

  3. Tiriel dit :

    @Volodia à trouvé le bon mot, c’est touchant.

    En fait, c’est même presque déprimant comparé à la majorité des autres articles. Mais néanmoins très bien dit.

    En tout cas je me reconnais plutôt pas mal là-dedans aussi. La seule différence? je n’envoie pas de sms régulièrement, pas forcément de signe de vie. Alors que je pense toujours autant aux gens. Mais ils ne le voient pas et donc s’éloignent. Triste. Bouhouhou.

    Bref.

  4. Cyril dit :

    C’est Desproges qui disait que les vrais amis se comptent sur les doigts d’une main, et je pense qu’une majorité de gens atteignant la trentaine pourront le vérifier.

    L’importance qu’on accorde à ses amis varie avec les périodes de la vie. Au départ on en a beaucoup, mais ils ne sont pas très importants. Et au fur et à mesure, il en reste moins mais ils comptent plus, beaucoup plus. Au bout d’un moment on les choisit, ces amis qui nous accompagneront pour une partie ou pour toute notre vie. Les trouver ça prend du temps, et ça ne veut pas dire qu’on n’aura pas de déception non plus. Ce n’est pas comme choisir son partenaire, mais presque, et il faut de sacrés liens pour que l’amitié perdure au-delà des couples ou des distances.

    Bien sûr quand l’amour s’en mêle c’est encore une autre histoire. Dans le cas (simple) que tu évoques, je pense que les hommes qui se mettent en couple ont tendance à lâcher leurs amies car ils ne peuvent sentimentalement pas avoir plus d’une présence féminine forte à leurs côtés. Mais bien sûr c’est une théorie purement personnelle et puis c’est toujours facile de généraliser…

  5. LeMéchantMax dit :

    Welcome in the real world.

    Les vrais amis on les reconnait à une seule chose : quelque soit leur degré de bonheur ils ne t’oublient pas. Perso j’ai (par chance) de vrais amis que je connais depuis … plus de 10 ans et malgré le fait qu’ils soient en couple (marié officieusement, appart acheté et tout) et bien on se voit encore régulièrement et on se poile comme y a 10 ans, comme au premier jour (comme toi et Dassou).
    La vraie amitié est aussi dure à trouver que l’amour.

  6. Lyséa dit :

    Pour avoir malheureusement testé, je crois sincèrement que l’on reconnait ses vrais amis lorsqu’ils restent à nos côtés non pas lors d’évènements joyeux mais lors des grosses épreuves de la vie. Ceux qui nous tendent le mouchoir pour la enième fois avec un regard bienveillant…

  7. Bridget dit :

    Ahhhhhh vaste sujet, j’en avais fait un article récemment « le syndrome de la copine casée »…une discussion récurrente.

    J’ai appris à faire avec, mais il est certain que la plupart des personnes une fois en couple, ont beaucoup moins de temps à consacrer à leurs amis, puisqu’il le consacre en partie à leur nouvel conquête.
    Ce qui est compréhensible.

    La copine qui appelait tous les jours, puis une fois prise tous les 2 jours, puis une fois par semaine…et puis beaucoup moins.

    Je confirme (approchant la trentaine) que les véritables ami(e)s se compte sur un main, que c’est avec le temps qu’on les reconnait et surtout dans les coups durs.

    L’amitié avec un grand A c’est comme l’Amour on le croise pas si souvent que ça.

  8. Quiproquo dit :

    Voilà une chanson de Maxime Le Forestier, un peu (beaucoup) dans le même esprit… On dirait que vous êtes d’accord !

    Les mêmes matins d’hiver,
    Les mêmes yeux entr’ouverts,
    Les mêmes détresses,
    Les mêmes genoux griffés
    Pour trouver à l’arrivée
    La même maîtresse,
    On se répétait sans cesse

    Amis,
    Amis,
    Contre tous les coups du sort
    De la journée,
    On sera deux.
    Amis,
    Amis,
    A la vie comme à la mort,
    Plus emmêlés
    Que nos cheveux.

    Quand, trop vite, on a grandi,
    On se retrouve transi.
    Loin des jeux de billes,
    Sous nos boutons de malheur
    A se torturer le coeur
    Pour la même fille,
    Est-ce assez pour qu’on oublie ?

    Amis,
    Amis,
    On a le sens de l’humour
    Quand sont trop lourds
    Ces chagrins-là.
    Amis,
    Amis,
    A la vie comme à l’amour.
    Chacun son tour
    Les portera.

    Tant d’histoires partagées,
    De coups de cœur échangés,
    D’amour et d’insulte
    Pour ne pas s’apercevoir
    Qu’on est dix ans sans se voir
    Dans tout ce tumulte
    Pour se retrouver adulte.

    Amis,
    Amis,
    On n’a plus rien à se dire.
    On a fini
    Par arriver,
    Amis,
    Amis,
    Doucement à devenir
    Deux abrutis,
    Deux étrangers.

  9. Bess dit :

    J’adore les lundi avec Marion.

    Veux retourner dans mon lit. :(

  10. Universe dit :

    C’est vrai que quand on y pense, on perd vite les gens de vue :( Tu m’as rendu nostalgique Marion !

  11. LeMéchantMax dit :

    @ Universe : on ne perd pas vite les gens de vue, c’est différent, on ne se donne pas les moyens de ne pas les perdre de vue. Pour résumer, si on les perd c’est de notre faute (et éventuellement des autres aussi, mais pas que).

  12. loulabyy dit :

    Morue, je vous ai vu twitter votre verre de dimanche aprem. J’étais chez mon mec, et je me suis dis « pourquoi elle me demande pas? » les yeux vitreux.
    TU m’aurais demandé, j’aurai planté le fameux mec, tu sais…
    Bises

  13. Damien dit :

    Je me permets du Sagan, tu me dira si c’est opportun, ce choix de texte, après cet article Marion :

    « Ce qu’on redoute le plus en secret finit toujours par arriver. Vivre sans amour. Filer vers la mort sans une main pour vous retenir. Sans un autre cœur pour battre à l’unissons du votre. C’est ça le pire. Mourir oui, mais mourir contre l’épaule de quelqu’un. C’est pour cela qu’on aime, pour échapper à la solitude. En avoir conscience, voilà la vraie tristesse. »

  14. OSteEL dit :

    Le ton du blog est de plus en plus morose ces derniers temps… P’tit coup de mou ? le printemps est là, l’envie de papillonner aussi mais le taux de transformation est faible ?

    Ca va (re)venir, patience :D

    Me rappelle au passage qu’il faut que je choppe la saison 2 de BBT…

  15. Grenoblois dit :

    Bon stop j’en ai marre…

    …je ne commence plus mes comm par dire que c’est un excellent article puisqu’il semble que c’est la règle en ce charmant lieu, que ce soit dans la réflexion ou la drôlerie, tu continues de percer le plafond d’admiration que j’ai pour toi et tes ptits doigts qui parcourent le clavier à t’en donner mal à la tête avec des billets comme celui-ci :)

    Comme on est difficile en amour, on est difficile en amitié. Je suis hyper exigeant pour les deux. Résultat, je suis célibataire et ne pense pas être L’Ami de qui que ce soit.

    Mais ça va… j’me soigne ^^

  16. [...] m’ont donné envie de vous en parler. Greg y raconte les retrouvailles avec une vieille amie, Marion les amitiés qui [...]

  17. Jérémy dit :

    juste pour te dire que je suis un lecteur assidu de ton blog qui me fait vraiment marrer…t’as vraiment un talent Marion pour raconter tes périgrinations
    un ex qui vous veut du bien

  18. Antonio dit :

    C’est profond et touchant comme post ça…

    Moment solennel de lecture qui te pousse (en tant que lecteur) à réfléchir s’il n’y a pas des amis que tu devrais recontacter pour leur dire « je suis là… ».

    Et ça fait deux jours que j’étais pas passé ici… Shame on me !

  19. No' dit :

    Bouh Marion tu vas me faire pleurer…et oui en cette période difficile d’innactivité pour moi (arrêt de travail je peut pas marcher), j’ai pu reconnaître les vrais amis…et c’est parfois pas ceux que l’on crois…mais j’ai sureconnaître aussi que si j’en avais perdu certain c’etait faute de ne pas avoir donné de nouvelles non plus, alors étant donné le temps dont je dispose, je passe mes journée à essayer de reprendre contact, ça sera long, laborieux mais je ne veux pas finir seul dévorée par mon chat en peluche.

    L’amour et le couple n’est pas un remède à la solitude, crois-en mon expérience (7 ans avec un mec, on prend nos appart respectifs a la fin de la semaine), et bien parfois on est tout aussi seul à deux. Le vrai remède c’est d’accepter d’être seule parfois, prendre les choses comme elles viennent, prendre un chat (lol)?

    C’est triste ton poste mais je l’ai trouvé juste, continue d’écrire j’adore te lire.

  20. Plus ça va mieux on gère les relations d’amitié.
    L’amitié c’est quelque chose qui m’a longtemps animé et blessé tout aussi fortement. Etpuis un jour à 26 ans, j’ai changé la donne, j’ai trouvé le truc. Depuis l’amitié est pour moi un vrai trésor.

  21. Marmotte dit :

    Les amis, ça va, ça vient, c’est vrai qu’avec eux, il n’y a pas besoin de mettre les formes pour mettre les voiles, on peut s’oublier, perdre le contact, s’oublier, ou pire ne pas « avoir le temps » et finalement, il n’y a jamais besoin de rupture.

    Mais il y en a aussi toujours de nouveaux. Pas d’exclusivité avec les amis, tu peux être polygame sans que personne ne soit gené.

    Les vrais restent. Il parait. Et en général tu en a deux ou trois, mais pas plus.

    Et finalement, tu es toujours entouré d’une joyeuse bande d’amis plus ou moins disponibles pour affronter la vie…

    Et je suis un peu effrayée aussi de voir certains de mes amis se caser bien bien méchament et ne plus avoir de temps pour les amis. Est-ce que l’avènement des couples avec la trentaine sonne la fin d’une époque? :p

  22. such a whore dit :

    Je me permets de citer le grand penseur qu’est Aketo
    « Y a pas d’amis juste des moments d’amitié avec des connaissances
    Fais bien la différence te fais pas niquer
    Wesh la famille wesh cousin wesh frangin
    Des mots qu’on dit mais qui en vrai ne signifient rien »

  23. Sophie dit :

    JUste génial ;) Je kiff .. ça me fait penser aux rubriques de Carrie ds Sex ands the city .
    Tout ça pour dire, j’adore ton site .. Merci !!

  24. Auréliiie dit :

    Moi ça m’émeut toujours un peu de voir qu’une si jeune personne a déjà (presque) tout compris à la vie.

    Ils l’ont déjà écrit au- dessus, mais je le redis: quel bel article!!

  25. Capu dit :

    Moi je t’aime, Marion. Pour ce que tu es, pour ce que tu fais pour moi. Ta plus belle déclaration d’amitié, c’était le week-end dernier… merci.

  26. Marion dit :

    Rah putain, merci à tous pour les compliments, pour les chouettes citations et chansons.
    J’ai écris cet article alors que j’étais dans un petit moral, des histoires d’amitiés qui s’effacent, ça fait mal quand on réalise.

    Je suis une putain d’intégriste, du genre fidèle et loyale, alors quand ça s’efface ça me brise le coeur à chaque fois.

    Et désolée à ceux que j’ai rendu tristes :)

  27. LeMéchantMax dit :

    @Marmotte : ceux qui vont et viennent ne sont pas des amis mais des potes, la différence est importante. Celles et ceux qui s’oublient ne sont pas de vrais amis.

    C’est con Marion, j’aurais été célibataire, je t’aurais demandé en mariage :)

  28. Flo dit :

    J’arrive à la fin de la bataille mais il me semblait important de te dire quand même que celui là, je l’ai beaucoup apprécié.
    A une chose près peut être, tu oublies de parler du break. Oui, on n’a pas de pavillon dans le 78 ni de labrador sans break…

  29. Sandra dit :

    Je t’ai lue pendant longtemps, puis j’ai été submergée par le travail et privée d’Internet pendant plusieurs semaines…

    Là, j’ai repris la lecture de ton blog qui fait toujours autant plaisir…

    Je n’ai pas encore laissé de commentaires me semble-t-il, mais là tu abordes un sujet qui me touche trop pour que je reste muette…
    Moi j’ai 19 ans, je n’ai jamais connu l’amour, et l’amitié -la vraie, pas la personne que tu surnommes « best » parce-que c’est top à la mode- est venue tardivement (il y a 1 an 1/2 disons). Depui, je ne cesse de profiter au maximum de tous moments qui me sont offerts.

    Et je milite pour que les gens arrêtent de me considérer comme une amie, quand notre relation n’est que du copinage, quand les gens se disent « certes on se verra moins souvent mais de toutes façons, on est amies pour toujours, et dans 10 ans on le sera encore… ». Ca m’énerve tout autant que je trouve ça pathétique…
    Je veux juste qu’on me laisse profiter de la vie avec mes quelques amies à qui je tiens énormément. C’est avec elles que je veux finir ma vie, et effectivement, elles ne sont pas nombreuses… Sur les doigts d’une seule main elles passent… mais ce qui est précieux est rare, n’est-ce pas ?

    Merci Marion pour tous ces moments !

  30. Charlène dit :

    Je ne vais pas faire tout un blablablablabla.
    Mais putain Marion qu’est ce que t’écris bien et vrai. Je me retrouve à chaque articles, ou presque.

    Ce sont ces petites brèves qui donnent envie d’avancer, de connaitre, de passer outre une rupture douloureuse.

  31. Vincent dit :

    Complètement d’accord, très très bon billet lucide !

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