Les amis de 20 ans, et puis les autres
Quand j’étais au Lycée, j’ai eu en classe de seconde un professeur d’anglais désabusé d’à peu près tout. Un jour, en cours, il nous avait dit « Méfiez-vous toujours de vos amis ». Je l’avais regardé un air offusqué, considérant à l’époque que l’amitié était une valeur tellement importante qu’on ne pouvait pas la traiter de la sorte.
Remarquant mon agitation, il avait ajouté « sauf peut être ceux que vous avez depuis 20 ans ».
Après le cours, j’en avais parlé à Dassou, qui était pour cette unique année de scolarité du secondaire dans une classe différente de la mienne. On en avait conclu qu’on se connaissait déjà depuis plus de dix ans, et qu’on atteindrait très vite les vingt ans d’amitié, avant de prévoir notre plus belle paire de Buffalos pour aller en boîte le samedi soir. Cela m’avait rassurée et je n’avais plus repensé à cette énième et terrible prophétie de mon prof d’anglais, car des prophéties sur la fin du monde et assimilés, il en faisait beaucoup.
Dix ans plus tard, on ne s’était pas menti : on est effectivement devenues des amis de vingt ans, qui même sans se voir pendant des mois, arrivent toujours à éclater du même rire gras sur un coin de bar pour une histoire de couilles.
Sauf que, la prophétie du professeur d’anglais s’avère finalement vraie, quelques que soient mes espoirs d’adolescente qui se disait « non mais les amis c’est sacré », « ça dure toujours ». Force est de constater que ce n’est pas le cas pour tout le monde, c’est d’ailleurs un sujet très récurrent d’agacement chez moi. Sans doute qu’à chaque étape un peu signifiante de ma vie, je perds quelques plumes au passage. D’ailleurs, chat échaudé craint l’eau froide, j’accorde mon amitié beaucoup moins facilement qu’avant.
En vrai non, l’amitié n’est sacrée pour personne. Quand elle est présente, elle est importante et présente sur un temps restreint qui va de A, jusqu’à un B un peu flou où l’on se rend compte qu’il n’y a plus rien. Un peu comme si l’on gambadait joyeusement sur deux chemins parallèles pendant quelques années, avant qu’ils finissent par se séparer et que l’on se retrouve éloignés pour de bon, n’ayant plus rien à se dire, sans grand espoir de revenir en arrière.
Je sais que le parallèle avec les autres histoires, celles d’amour, est facile à faire. C’est que l’amitié, ça s’entretient. Surtout quand le temps libre qui s’offre à nous tend à se rétrécir cruellement, ce sont des moments à ménager, des priorités à attribuer aux gens qu’on aime, sans quoi on se retrouve à avancer tête baissée sans réaliser qu’autour certains trucs s’évaporent et que l’on se retrouve, comme un con, tout seul.
D’ailleurs, c’est terrible la fin d’une histoire d’amitié, car sauf gros clash, on ne se retrouve pas à se chercher un nouveau bail, une nouvelle vie après la fameuse prise de décision qui changera tout, on n’a aucune période de transition pour faire son deuil. Non, juste un jour, on se croise sur une avenue fréquentée, on se dit que cela fait trop longtemps qu’on ne s’est pas vus, qu’il faut qu’on se fasse un truc. De « truc » il n’y a jamais, et cette entrevue disparaît aussi soudainement qu’elle est arrivée.
Heureusement qu’il nous reste les amis de vingt ans.
8 réactions effrénées à “Les amis de 20 ans, et puis les autres”
Booo c’est bien pessimiste tout ça
Je perds comme toi quelques plumes, chaque année, voire même inconsciemment chaque jour si l’on accepte que l’amitié s’érode petit à petit au fur et à mesure que le tampax.
Ca a l’air de te blesser. Perso, je m’en fous un peu, la vie avance, tout le monde vieillit, change ou change pas. On ne peux pas être éternellement de bons amis je crois.
Ce qui me semble important est d’être toujours entouré. nan ?
Avoir un bon copainnnnnnnn,bon c’est clair Marion,les amis au sens littéral on en a pas des caisses,quand tt va bien on en a toujours un peu plus étrangement.Je constate que les gens familiarisent très et souvent trop vite sous prétexte qu’on bosse ensemble et que les gosses s’entendent bien…Je suis comme toi,très sur la réserve et je passe avec l’homme pour une sauvageonné mais je préfère cela aux effusions qui finissent en eau de boudin.J’aime pas non plus qu’on s’embrasse et qu’on se tutoie trop vite,un brin vieille France sans doute!En fait mon meilleur pote c’est chéri,celui avec lequel je me marre le plus à un bar à parler couilles c’est lui,alors ça compense!Pour le reste,à 42 ans je pense avoir 2 amis respectant la définition que je donne à l’amitié et les 20 ans sont en effet dépassés!
Waouh!
Le retour de l’écriture pessimisto-tendre. Merci pour cette acuité. J’aurais pas su exprimer cette déliquescence (que l’on peut regretter, repousser ou nier, là n’est pas la question) aussi justement.
Les jeunes diraient +1, j’agrée dans ton sens…
Je connais ma meilleure amie depuis la maternelle, soit en septembre prochain 25 années de bons et loyaux services.
Il n’empêche qu’habitant maintenant à plusieurs régions d’écart, nous ne nous voyons plus. Ca ne me manque pas plus que ça, cela dit, car chacune a évolué différemment, et nous n’avons plus les mêmes affinités. Nous n’avons plus grand chose à nous dire, à part évoquer le passé. Et pourtant, cela n’empêche pas que si un jour elle a besoin de moi, je serai là pour elle, et inversement.
C’est ça surtout l’amitié : être là quand l’autre en a vraiment besoin, plutôt que de se voir souvent, tu ne crois pas ?
J’espere que la reciproque est fausse, qu’etre seul ne veut pas dire etre un con.
Les amis de 20 ans c’est bien joli mais t’y crois seulement si tu demanages pas tous les 4 ans :/
Punaise moi les amis, j’en vends tellement j’en ai ! Non, j’exagère, mais j’ai toujours eu un réseau amical fort et efficace (bon j’ai une famille de déglinguos, ça compense…) Et je parle pas de connaissances ou d’amis virtuels, je parle de gens qui sont là pour porter des cartons quand on déménage. Très bon test le déménagement d’ailleurs. Mais comme dit Marion, y’a des moments ou on « change » d’amis, ou l’on est plus en phase avec eux. Mais ça se fait doucement, petit à petit et c’est peut être pour ça que c’est douloureux…
Je suis assez d’accord avec toi Marion.
Perso, j’ai des amies que je connais depuis plus de 10 ans (on n’a pas encore passé le cap des 20 ans d’amitié, mais ça ne saurait tarder). Je les vois régulièrement et on a toujours les mêmes affinités. Par contre, les amies que je me suis faite durant mes trois ans d’études supérieures… Elles m’ont bien fait comprendre que si je n’étais pas dispo 24h/24 pour elles, je ne valais pas la peine. Au début, ça m’a fait du mal. Mais au final, je m’en contrefiche.
Je pense que, au vu des commentaires que tu as reçu sur cet article, on est plusieurs à partager ta vision des choses
Magnifique billet qui rejoint mes préoccupations et blessures du moment…