Le lit, lieu de toutes les batailles
Depuis donc tois ans et demi que j’étais dans mon mini studio sous les toits, je dormais sur un canapé-lit. Amené en petits morceaux dans des boîtes, matelas encore roulé et sous plastique, depuis le grand Suédois de Lyon. J’avais choisi avec le plus grand soin un BZ, qui s’ouvre en tirant et pas un clic-clac qui s’ouvre en dépliant. C’est une différence très importante vous savez. Le BZ ayant l’avantage de pouvoir garder les draps et la couette en place une fois replié et ne force pas à tout ranger dans un tiroir du dessous. Et surtout, il n’a pas l’audace de basculer en pleine nuit car, suite à une repas trop chargé, on est devenu un peu trop lourd et on fait pencher le lit telle une vieille balance rouillée. Pour ensuite tomber sur le sol. Riez, riez, ça m’est déjà arrivé.
Je me demande d’ailleurs ce qui peut pousser tous les ados de la terre à réclamer un canapé lit en même temps qu’un scooter, moi y comprise, dans la mesure où – vieille conne que je suis devenue – rien ne vaut un lit douillet plein de coussins. Sans doute en prévision de gagner de l’espace pour avoir un lit deux places et de ramener sa petite copine en douce. Quoi que, quand on est jeune et fou, le lit une place, cela a son charme. Fin de la parenthèse.
Avec un matelas couchage régulier, le plus cher, histoire de ne pas me tuer le dos, déjà que je ne fais pas de sport, on n’allait pas en rajouter comme ça à ma mauvaise condition physique. Puis, ne me demandez pas pourquoi, mais j’ai pris un 160. Un grand lit. Un poil trop grand pour le studio. Si grand qu’on peut quasi y dormir à trois. Ne cherchez pas, ça tient, j’ai testé un soir de cuite entre copines. Rien de sexuel.
Depuis trois ans, je suis l’heureuse propriétaire d’un BZ très douillet, qui a constitué le point névralgique de l’appartement pendant tout ce temps. Le temps a fait son œuvre terrible, et un boulon est tombé, la barre centrale ne tient plus, le matelas a absorbé tellement de liquides divers, scabreux, ou de chocolat chaud de régression, ou de sauce soja des sushis de lendemain de soirée, ou bien du Mister Freeze – mon ultime rempart à la gueule de bois, ce que je mange quand tout l’espoir est perdu – il grince horriblement, qu’il va bien falloir s’en séparer un jour.
Ce n’est pas l’amour qui dure trois ans, ce sont les canapés-lits Ikea.
Ces considérations d’équipement, non pas pour vous aider à vous endormir, mais pour amener un sujet grave : le lit, ce combat.
Le premier combat est celui de la température. Je suis ce que l’on peut qualifier de malade mentale. Même par 30° la nuit, je suis incapable de bien dormir sans une couette très épaisse sur moi. Le Dernier Garçon lui ne supporte pas la chaleur. En bon Breton, il a chaud à partir de 24° au soleil. Récemment, à cause des températures qui rendaient l’appartement sous les toits invivable la nuit, il a gagné, et on a enlevé la couette pour mettre un drap à la place. Donc chaque nuit, je me réveillais, en tirant et retirant le drap, en grelottant alors que j’avais chaud et en me collant à lui, qui avait déjà trop chaud « : « mais j’ai froid ». Depuis, j’ai gagné, et j’ai remis la couette, je me roule en boule dessous, tandis que lui est à moitié dessus. Un point pour moi.
Le deuxième est celui de l’espace. On pourrait croire que dans un lit 160 on dispose de tout l’espace souhaité. C’était sans compter l’intervention du chat. Parfois, quand le matou est de bonne humeur, il décide de se coller à moi la nuit. Pile dans l’espace que je laisse entre le rebord et moi. De l’autre côté dort le Dernier Garçon, toujours en ronflant, toujours en grinçant des dents, mais toujours sans me réveiller, c’est beau. Ce qui fait que je me retrouve coincée, comme si l’on dormait à trois, sans pouvoir bouger. Je ne sais pas par quel miracle de la nature, mais ce chat – deux kilos et demi- est un poids mort, il est impossible de le bouger d’un poil, alors je pousse le Dernier Garçon – soixante-sept kilos- qui roule un peu plus sur le côté, sans râler, heureuse nature qu’il est. Un point pour le chat.
Le troisième combat est celui de la folie nocturne. Quand lui me réveille en pleine nuit pour me dire « Il faut faire un trou dans le mur. ». Et moi de ne pas comprendre, de lui demander s’il ne serait pas en train de rêver de Minecraft au juste. Moi je me réveille en sursaut, je lui dis qu’il y a des serpents à un mariage neutre. Il ne comprend pas. Je répète, il ne comprend toujours pas. Je pleure dans un demi-sommeil. Il me dit que je suis en train de faire un cauchemar de mes deux grandes phobies et que ça va aller. Un point pour lui pour la compréhension.
Le dernier et ultime combat est celui de la violence conjugale. Pendant une nuit paisible, j’ai ouvert les yeux, pile au moment où son front rejoignait mon nez pour un magistral coup de tête dans son sommeil. J’ai crié, cela l’a réveillé, il s’est excusé. Le lendemain j’avais le nez un poil contusionné et un joli mal de tête. Pendant une autre nuit paisible, j’ai entendu le parquet grincer bruyamment, j’ai alors cru qu’il était debout pour un verre d’eau dans la cuisine. J’ai donc décidé de m’étirer, de prendre toute la place. C’est là que je lui ai mis un magistral coup de coude dans son œil droit. La personne sur le parquet, c’était le chat, toujours deux kilos et demi, toujours plus bruyant qu’un grand garçon d’1m84. Je me suis rendormie après le coup, sans même m’excuser. Egalité dans la violence, prime pour moi pour le sommeil profond. Un point de diversion pour le chat.
Le pire dans l’histoire, c’est que c’est le chat qui gagne. C’est pas comme s’il dormait dessus toute la journée. Non, non, non. Enfoiré de chat.
Le dilemme du nouvel appartement
Donc on a un nouvel appartement. On a quasi tout rangé, on pense repeindre les murs, mais je ne vous parlerai pas de déco dans cet article, j’ai déjà un traumatisme sous-jacent sur le sujet dont je parlerai certainement un peu plus tard. Non, le problème du nouvel appartement c’est qu’il comporte un luxe inconnu dans mon studio d’antan: un lit et un canapé. Le lit ne se transforme ni en canapé, ni en salle à manger le jour, ni même en lieu d’apéro le soir. Il ne contient pas de miettes et ne se retrouve pas tâché au vin rouge. De même qu’on a un frigo qui tient plus de deux bouteilles de coca alignées, et une salle de bain avec baignoire. Du chauffage, l’eau chaude, pas de câble électrique dans la douche, une fenêtre dans la salle de bain…J’ai limite l’impression d’être Liliane Bettencourt tellement tout ce luxe est indécent.
D’ailleurs, cela me fait penser à un truc que je soupçonnais depuis longtemps, une des principales raisons pour lesquelles les gens se mettent en couple dans les grandes villes, et Paris, n’en parlons pas, c’est pour optimiser le logement. Qu’est ce que l’amour à côté d’un dressing qui tient toutes nos paires de chaussures, franchement ?
Face à tout ce luxe, chaque jour, en rentrant du boulot, mon cerveau rentre dans une sorte de frénésie intense de dilemme. Mon ange et mon démon personnels s’affrontent dans une lutte sans merci, pour savoir si je dois être une fille chiante ou une fille sympa. Entre profiter un peu du luxe du nouvel appart, et faire ce que j’aime faire d’habitude avec le Dernier Garçon. Tout commence par la question : « je rentre directement ou je fais quelque chose avant ? ». Au choix, aller boire un verre, aller au cinéma, aller à un apéro, etc.
Démon personnel : « Non, rentre, tu pourras prendre un bain pendant que le Dernier Garçon te prépare un bon petit plat »
Ange personnel : « Non mais ça va pas ? Allez faire un tour au bar d’en bas d’abord, il faut toujours avoir de bonnes relations avec les commerçant du quartier. »
- Mais, non, Ange, ils ont du vendre un rein pour payer la caution de l’appartement, ils doivent rentrer, car ils n’ont pas le premier sou pour fraterniser avec cette racaille que sont les tenanciers de bars.
- Que nenni, tu sais bien qu’en gens déraisonnés, ils ont toujours une petite enveloppe pour ne pas tuer leur vie sociale.
- Mais, c’est qu’elle bosse le lendemain Marion.
- Oui, mais je te rappelle qu’il y a une voisine folle au-dessus qui marche en talons tous les soirs sans s’arrêter, cela n’a rien de reposant. Donc autant sortir !
- Mieux vaut la voisine que les relous du coin du bar.
- Oui mais regarde comme elle dépérit Marion quand elle ne sort pas ou quand elle s’ennuie en soirée, elle a besoin d’une vie sociale cette petite. Et puis elle adore les relous dans le fond, discuter avec des piliers de bars obscurs, ou juste des inconnus, et chanter faux.
- Oui mais il faut bien profiter du nouvel appartement, regarde comme c’est douillet, et ils ont plein de séries à regarder…
- Oui mais non, elle est trop jeune pour devenir chiante et boire de la tisane le samedi soir !
- Mais tu dis n’importe quoi, on est jeudi ! »
C’est ainsi que l’on se retrouve avec une migraine carabinée, et que l’on rentre effectivement ronchonner en réclamant du paracétamol et un petit repas.
Les cons avec des poussettes
Au risque d’encore me mettre le lobby des heureux parents à dos, je vais dans cet article vous raconter des saynètes effroyables dont j’ai été le témoin malgré moi.
Un terrible fléau sévit dans les villes et leurs transports en commun, il envahit l’espace vital, et fait culminer la grossièreté de leurs propriétaires à son paroxysme. Ce sont les poussettes, et surtout, les gens avec des poussettes.
Par un beau samedi matin du mois de juin, nous voilà, le Dernier Garçon et moi, partis acheter des cartons. Heureux et le cœur léger, on allait à grands pas, ayant mis ce jour là, pour être plus agiles, ballerines simples et souliers plats. La boutique spécialisée dans le déménagement n’était pas très loin de mon ancien chez moi, mais suffisamment éloignée pour rentrer en bus une fois les bras chargés de cartons. Car les cartons, à défaut d’êtres lourds, sont encombrants.
Dans le bus, pile poil un arrêt avant notre descente, un couple monte, un enfant qui marche et un enfant dans une poussette. Avec nos cartons de 1m de large, on occupait l’espace où les gens se tiennent debout en général, qui est aussi celui où l’on gare les poussettes. Comme on est des gens polis, on s’est poussés avec nos grands cartons pour prendre chacun une allée du bus, en se tenant tant bien que mal aux barres du bus pour leur laisser la place. Et puis. Et puis c’est tout, même pas un merci de la part du couple, rien, que dalle, nada, niet, nein. Même pas un merci inaudible, jusqu’à présent aucun de nous n’est sourd. La place leur était due, et l’on pouvait bien se casser la gueule avec nos cartons, ils s’en foutaient.
Près d’une semaine plus tard, nous voilà dans un métro, pour aller chercher un Vaporetto chez une copine afin de nettoyer l’ancien appart. Voilà toute l’essence du bonheur du couple moderne, aller chercher un nettoyeur vapeur un dimanche après midi. Dans un métro suffisamment plein pour que les nouveaux arrivants ne puissent pas s’asseoir. On monte dedans en même temps qu’un couple de personnes âgées. Le monsieur manque de tomber au départ du métro, il s’appuie contre les portes, en face, une colonie de gamins assis sur les strapontins. Le vieux monsieur râle devant cette jeunesse décadente, leur mère lui dit en gros d’aller se faire foutre, ou bien de demander plus gentiment la place. Soit.
J’emmène le Dernier Garçon un peu plus loin dans le métro, afin qu’il ne devienne pas subitement un membre de la ligue des personnes âgées opprimées. On se met pas loin des places en carré. Le métro s’arrête à nouveau, rentre une famille, 5 enfants, une poussette, quatre qui marchent. La mère se rue sur les places en carré, note qu’elles sont toutes prises et dit brusquement à deux personnes qui n’avaient rien demandé : « Vous pouvez vous lever ? ». Et y assoit deux de ses enfants.
Je crois que ce métro était maudit, la chance qu’on a eu c’est que l’on est descendu juste après.
Mon ancien appartement était situé dans un quartier de vieilles dames à chiens et de familles riches à poussettes. Chaque fois que je sortais, à tout hasard faire des courses, le samedi ou le dimanche, j’étais face à une nuée de poussettes qui se déployaient dans le quartier aussi sûrement que les pollens allergènes attaquent la moitié de la population parisienne pour leur filer le nez et les yeux qui grattent. Je slalomais, donc, et je me retrouvais toujours bloquée à un endroit du parcours, par une poussette qui refusait de bouger de 1cm de côté.
Non mais sérieusement vous avez vu la complexité technologique de la chose ? Ca se plie, ça se déplie, ça se transforme en je ne sais pas quoi, certaines sont double ou triples sur la largeur, d’autres sur la longueur, ça protège de la pluie, du vent, de la neige, et pourtant. Autant de technologie réunie en un seul ustensile, et il n’y en a pas une qui est foutue d’être maniable et de ne pas squatter l’intégralité du trottoir.
Je me doute bien qu’il existe aussi des gens civilisés qui remercient ceux qui laissent une place dans le bus, ou bien qui réalisent qu’ils empêchent les gens les bras chargés de leurs courses de la semaine de passer, mais j’ai comme l’impression que pour beaucoup la poussette est une sorte d’équivalent moins controversé du 4×4 en ville. Concentré de technologie, polluant – un bébé ça pue – et qui permet à leurs propriétaire à prendre toute la place,de rouler sur les fleurs sans demander leur avis aux autres.
Poussette-toi de là que je m’y mette.
Quand le déménagement va, tout va II
En mars 2008, j’emménageais dans mon studio parisien. Sous les toits, petit, mais c’était mon premier appart, à moi, où je pouvais faire exactement ce que je voulais, avec qui je voulais. J’avais débarqué avec le break de Papa, conduit par Papa, rappelons que je suis inapte en conduite, que je n’ai pas le permis, et que même à vélo je suis un danger public. Break rempli de boîtes de meubles suédois en kit, d’un sac de fringues, d’une télé cathodique, d’une couette, d’un lisseur à cheveux et de quelques livres.
Ceux qui suivent depuis cette époque savent que les boîtes de meubles en kit ont trouvé le moyen de bloquer l’ascenseur ridiculement petit, que j’ai passé ma première nuit dans mon appart sans placards et que le reste des locataires du 8ème étage m’a maudit sur sept générations.
En trois ans, se sont amassés dans l’appartement : d’autres sacs de fringues, une machine à laver séchante – alias mon premier investissement d’adulte – , un micro-onde grill qui n’est pas foutu de cuire une pizza surgelée, une quantité astronomique de poussière , ainsi qu’un chat de deux kilos et demi beaucoup trop capricieux. Tout plein de choses qu’il allait falloir déplacer, ranger, trier et apporter dans le nouvel appart.
Comme c’était mon déménagement de grande fille, j’avais fait les choses bien : équipe de potes recrutés depuis quelques jours pour aider à porter, camion loué, cartons empaquetés, étiquetés, triés, tout. Chat dans son sac. J’ai gardé la TV cathodique, jeté une table basse qui tenait plus debout ainsi que l’armoire suédoise penchée, et j’ai remarqué honteusement que j’avais autant de cartons de cosmétiques que de cartons de livres. J’avais préparé un petit dej pour tout le monde, jus de fruits et brioches, et le nouvel appart attendait avec des bières au frais. Du luxe.
Puis j’ai regardé mon appart et toutes les traces de ces trois jolies années passées : la tâche de rouge sur le parquet (et celle de vodka, de chips et autres stigmates de soirée), l’emplacement pour la machine à laver rajouté par un gentil plombier du magasin d’électroménager, la nouvelle serrure de quand je suis restée à la porte un soir, le néon de la salle de bain bricolé à la patafix pour qu’il tienne, le câble électrique qui passait dans la douche en fait, des vieilles chaussettes couvertes de poussières, les bouteilles de coca light sur le toit du 7ème, tombées de la fenêtre car on avait plus de frigo, etc.
Telle une hystérique névrosée, ça fait beaucoup, le jour J j’avais les yeux grands ouverts à 5h34, ce qui fait que tout était prêt de chez prêt, archi prêt, à l’arrivée des aides de camp, vers 10H30. Le Dernier Garçon a pris en charge la descente de la machine à laver, accompagné de bras forts, musclés et compatissants. J’ai proposé plein de brioches à tout le monde, mais tout le monde préférait descendre des cartons, alors je me suis occupée de mettre le chat terrorisé dans son sac, de tout finir d’organiser, de fermer la porte et d’emmener tout le monde, encore lui, dans le nouvel appart en métro, pendant que le Dernier Garçon guidait le valeureux conducteur du camion (pouet pouet) dans les rues de Paris un jour férié.
12h30, tout était installé dans le nouvel appart et il y avait plein de bières au frais pour tout le monde. Facile.
Toi, moi, et surtout mon bordel irrécupérable
Ce week-end, on était dans les cartons. Vider mon appartement, trier, emballer, et découvrir tout plein de trucs que l’on avait oublié. Pour le Dernier Garçon, ce fut ma tendance pathologique au bordel. Il le savait déjà, il vit avec moi, mais ce qu’il a certainement réalisé ce week-end, c’était que tout ce qui s’approche de moi devient irrémédiablement désorganisé sans même que j’y sois pour quoi que ce soit. Je vous jure.
Alors qu’il sortait d’une boîte un tas de fils et de câbles complètement noués, emmêlés, irrécupérables, il a commencé à sérieusement désespérer :
« Mais comment c’est possible ? Il y a des nœuds sur CHAQUE fil ? Comment tu fais ?
- Bah je sais pas moi, je les mets dans la boîte et ils s’emmêlent tous seuls…
- Non mais non, les câbles font pas ça naturellement ! »
Je ne comprends pas ce phénomène, dès que je touche un câble, et que je le range quelque part, tiroir, sac, boîte, il se met comme par enchantement à faire des nœuds comme un grand. Non, vraiment, je ne comprends pas.
Puis, alors que je triais mes papiers, et qu’il désespérait de me voir crouler sous les enveloppes de relevés bancaires jamais ouverts, il s’est dit qu’il allait s’occuper des placards de la cuisine. Alors que j’étais en train de me demander si ma banque ne pouvait pas avoir la bonne idée de m’envoyer mes relevés de compte en PDF au lieu de contribuer à la déforestation en envoyant avec ces foutus relevés des prospectus pour du crédit qui terminent tous à la poubelle, il m’a appelée pour me montrer un truc. Le contenu de la bassine sous l’évier.
« Mais Marion, c’est quoi tous ces cadavres de bouteilles ?
- Ah ? Euh. Bah, c’était avant que tu arrives, les apéros, tout ça, je les mettais là quand il y avait plus de place dans le conteneur à verre. Sinon je les descendais, jte jure. »
Il décide donc de prendre le problème à bras le corps et de descendre les bouteilles. 10 minutes plus tard, il arrive, à moitié exaspéré, à moitié amusé : « tu sais que je viens de remplir les ¾ du conteneur à verre là ? Tu voulais juste rester en bons termes avec tes voisins et pas faire de bruit en jetant du verre le dimanche hein ? » (sous entendu dans cette phrase, j’en faisais suffisamment lors de l’apéro préliminaire)
Puis je retourne à mes papiers, il retourne à sa cuisine, avant de débarquer triomphalement muni d’un paquet de biscuits apéro au fromage.
« Mais ça vient d’où ça ?
- Bah… je sais pas ?
- Ils ont périmé en février 2009. »
Promis, pour le nouvel appart, je ferai des efforts, l’avenir de mon couple est en jeu.
Pourquoi l’allergie à l’engagement n’existe pas
Avec le Dernier Garçon, on a un fonctionnement quasi paritaire au quotidien, voire militaire : il gère l’alimentaire, je gère le vestimentaire. Il fait la vaisselle, je nettoie la salle de bain. En gros : il sait cuisiner, et j’ai plus de fringues et de produits de beauté que lui, donc chacun s’occupe de son royaume. Cela s’est instauré naturellement sans que personne ne râle.
Personnellement, je trouve ça formidable. On m’aurait dit il y a deux ans que j’emménagerai avec un garçon, et que je lui ferai sa lessive, je crois que j’aurais ricané très fort et très jaune. A moitié partagée entre « vous plaisantez je vais finir dévorée par mon chat » et « ahahaha ». Non mais c’est vrai quoi, dans l’imaginaire que j’entendais, que je voyais, la vie à deux c’est compliqué, ce sont des concessions, des efforts à faire, des emmerdes, tout ça. Une harpie qui vous pourrissait la vie, vous empêchait de sortir, vous forçait à dîner avec elle alors que vous aviez autre chose de prévu, vous imposait son gel douche de meuf. L’inverse est vraie aussi.
Puis je n’ai jamais été véritablement allergique à l’engagement, pour la simple et bonne raison que pendant très longtemps personne ne voulait s’engager avec moi, donc la question ne s’est jamais posée.
Pourtant, avec le Dernier Garçon, je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu un seul effort à faire pour en arriver là et il me semble que lui non plus. Ou bien j’ai déjà oublié, ce qui note la taille des efforts consentis. Notez que pour vivre à deux dans 18 mètres carrés pendant un an, il faut être de bonne constitution, être très amoureux, très bien s’entendre, ou être d’accord sur à peu près tout (du repas à l’éducation du chat, en passant par le gel douche).
De son côté, il était infoutu de rester plus de quatre semaines avec une fille, au bout d’un moment, pouf il ne voulait plus la voir, il n’avait pas envie de l’amener chez lui et encore moins de lui faire partager un bout de sa vie.
Du coup je me suis dit que toutes ces histoires d’allergie à l’engagement, ces questions existentielles où l’on se demande quand est ce que qu’il va rappeler, pourquoi il ne rappelle pas, et pourquoi il ne veut pas qu’on mette sa brosse à dent sur son évier, étaient juste l’arbre qui cachait la forêt. S’il refuse de s’engager, si c’est compliqué et qu’il fait chier, qu’il faut crier, s’engueuler, râler, forcer la concession, il faut juste passer à une histoire plus simple – une longue période de célibat, ça marche aussi – et à une personne qui en aura réciproquement envie. Autrement dit : arrêtez de pleurnicher et tirez en les conséquences, passez à autre chose.
Tenez, même Bridget Jones, dans le premier bouquin, qui a un peu conceptualisé le principe de l’Allergie à l’engagement, en fait les frais : elle s’entiche de son boss, qui est un connard de type 3, pleurniche, se demande pourquoi il téléphone pas, insiste, finit par vaguement sortir avec en le forçant à montrer des signes d’engagements comme le week-end en amoureux, et au final réalise qu’elle est cocue avec une fille qu’il voudra épouser dans la minute.
Voilà pourquoi l’allergie à l’engagement n’existe pas : dans 90 % des cas*, c’est juste une affaire de personne.
* : Je dis 90 % des cas, car il doit bien y avoir 10% d’irréductibles gaulois : connards de type 4, homosexuels refoulés, vieux garçons pathologiques, fils à maman, etc, dont jamais aucune fille ne fera rien.
On a un appart, on a un appart !
(air connu)
Tout d’abord, avant de poursuivre sur ce petit miracle de la vie, je tiens à m’excuser auprès du lectorat, s’il en reste encore, vu l’abandon que j’ai fait, pour justement cette absence.
Tout d’abord j’ai travaillé, journées chargées pour de vrai, et une grosse tendance à la procrastination le reste du temps, c’est-à-dire que le week-end, j’ai mystérieusement mieux à faire que d’ouvrir l’admin du blog, allez savoir. Pour tout vous dire, j’ai quelques articles d’avance, même un à poster, entier, complet et tout, que je n’ai pas trouvé le temps de poster, me demandez pas comment j’ai fait. J’ai même commencé à écrire un article sur la procrastination dont je suis victime, et j’ai… procrastiné de le terminer, et il gît, inachevé, sur un point virgule, quelque part dans un document word. Le comble.
Bref, ces explications foireuses terminées, la nouvelle du moment, c’est qu’après des recherches infructueuses, des tonnes d’yeux de chatons aux agents immobiliers pour montrer qu’on est mignons comme tout, des doigts meurtris à force de les croiser très fort, on a trouvé un appart. Dans un quartier avec plein de bars. C’était notre critère principal et non-négociable, faut pas déconner.
Du coup, on commence à organiser le déménagement. Trouver des cartons, louer un utilitaire (et un conducteur aussi, vu que ni le Dernier Garçon ni moi n’avons le permis). Le pire, c’est que malgré la tonne de poussière que je vais devoir soulever, les cartons à faire, la machine à laver à descendre du 8ème sans un ascenseur valable pour aider, je suis relativement sur excitée.
Bon, j’avoue, l’appart a un dressing, c’est surtout pour ça.
Le point horloge biologique
Je le fais très rarement, mais j’aimerais revenir sur le post de la semaine dernière, celui qui parlait des femmes enceintes, de Facebook, de placenta, etc. Il a eu beaucoup de réactions, beaucoup de liens, quelques débats. Je n’ai pas répondu aux commentaires, donc je vais profiter de ce billet pour répondre à quelques interrogations laissées en suspens. Et que personne ne se sente visé, je parle empiriquement.
Il est évident que ce sont surtout les dindes, les nanas qui n’ont rien dans leur vie (ou pas grand chose) ainsi que dans la cervelle qui emmerdent le monde avec leur placenta, bouchon muqueux et autres césariennes (riez, riez, sur Zéros Sociaux ils ont vraiment vu passer dans les contributions une photo de césarienne…). Mais si à chaque post que je faisais je devais préciser « attention, c’est de l’humour, du second degré, c’est drôle, ne vous énervez pas, ne prenez pas tout au pied de le lettre, je suis pas universitaire pour un sou, c’est de la socio de comptoir, de l’enquête de terrain faite sous gueule de bois, ce n’est pas très important, ne vous sentez pas visés. », je crois que j’arrêterais de bloguer.
Je note aussi, qu’à chaque fois que je parle de conception, d’enfants, de chiards et de bave, je déclenche des débats passionnés, de là à dire que le lobby des heureux parents me tombe dessus, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas, enfin quoi que. J’ai déjà fortement choqué des collègues, qui me demandaient ce que je ferais si je tombais enceinte là maintenant tout de suite, en répondant que j’espère le savoir suffisamment tôt pour pouvoir avorter dans de bonnes conditions (soit ne pas partir à Espagne ou à Amsterdam en catastrophe, ou ne pas me confronter à des médecins « pro life » qui me feraient la morale, ou pire). Du coup je prends scrupuleusement ma pilule, et si je me plante je ne suis pas loin d’imposer ceinture jusqu’à la fin du mois au Dernier Garçon (ou du moins capote, je ne suis pas si cruelle).
Le problème des nullipares fiers de l’être c’est que dès qu’on est en couple un tant soit peu sérieux, on doit expliquer et justifier plein de fois pourquoi on compte le rester, à environ tout le monde. Que ce soit pour des raisons matérielles, idéologiques, ou tout bassement car quand on nous annonce une naissance, et que tout l’open-space pousse des petits cris de joie, on fait « ah. » d’un air neutre. (ça c’est moi) Même qu’on se fait traiter de sans-cœur. C’est toujours inconcevable pour plein de gens, alors que bon, on demande pas aux gens qui ont des enfants pourquoi ils ont fait ça, au juste (sauf pour rire). On se fait traiter d’égoïstes et on nous dit « tu verras, ça changera » ou bien quand on invoque toutes les raisons qui font qu’on trouve déplacé qu’on nous raconte sa biologie de femme enceinte, on nous dit « tu verras quand tu auras des enfants. »
Sur Internet, et plus récemment dans les médias, on dit qu’on atteint le point Godwin du débat quand quelqu’un fait allusion aux nazis, à Hitler, ou bien à la Shoah. C’est un point qui montre que plus aucun débat n’est possible et que toute discussion est désormais vaine.
Entre les nullipares, et les heureux parents, il y a le point Horloge Biologique. Une fois que quelqu’un a dit « tu verras quand tu auras des enfants », ou la variante « ça changera, tu te réveilleras un matin avec une folle envie de procréer », je pense qu’il n’y a plus de débat possible sur le sujet.
Promis, le prochain billet n’aura rien à voir avec tout ça.
Pourquoi faut-il interdire Facebook aux femmes enceintes?
25 ans est un âge terrible. Cela commence doucement, avec l’annonce d’un PACS pour des raisons fiscales, ce que vous pouvez comprendre aisément, puis on vous invite à un mariage au mois de septembre et il faut se trouver une robe. Puis vous voyez sur Facebook vos anciens camarades de promo se marier entre eux, car la reproduction dans son milieu social c’est le bien, avec les robes de meringue et les costumes de pingouins à l’église. Vos anciennes copines de collège tomber enceintes, des bébés en avatar un peu partout, des échographies, et le récit de leurs différents bobos de grossesse s’afficher dans les statuts, épisiotomie incluse.
Je crois que Facebook devrait rajouter une clause à ses conditions générales d’utilisation, celle d’interdire le site aux femmes enceintes. Elles arrêtent bien l’alcool, alors pourquoi pas Facebook, c’est au moins aussi nocif. D’abord car c’est encore plus navrant que de pathignonner sur un blog. Croyez-moi, je sais de quoi je parle. On tombe dans la niaiserie la plus pure et simple, ou bien carrément dans le gore. Je ne sais pas lequel est le pire. Oui, jusqu’à une période récente, j’ignorais tout de l’épisiotomie et j’aurais préféré rester dans une béate et douce ignorance toute ma vie.
Puis l’enfant paraît, et le profil devient l’enfant, avatar, posts, albums photos, tout y passe, alors que personne ne s’est jamais dit que ce pauvre gamin n’avait rien demandé lui, et qu’un jour, il rougira peut-être de voir des photos de lui le cul à l’air partout sur Internet sans l’avoir posté tout seul, tout ça parce que son hystérique de mère (ou de père, il doit y en avoir) n’a rien trouvé de mieux à faire, à tout hasard changer la couche ou dormir pendant qu’il en est temps, que de poster partout la chair de sa chair avec des statuts baveux. Ce qui me chiffonne le plus dans cette transformation du profil d’une personne adulte avec une vie, des occupations, un travail, à celui d’un enfant à peine né c’est qu’il crie au monde (ou tout du moins à ses amis Facebook) : regardez je suis, j’ai été, et je serais un utérus, et c’est tout ce qui m’importe désormais, mazeltoff !
Puis viennent les histoires de pédiatre, de premières dents, et puis, et puis l’enfer… C’est la version moderne du faire-part, celle qui veut prolonger l’heureuse nouvelle par pur égo afin de montrer la toute puissance sacrée de son utérus et de recevoir encore et encore des louanges pour la merveille odorante que l’on vient de faire.
Non sérieux, interdisez Facebook aux femmes enceintes.
Et parce que des images valent parfois mille mots, voici des merveilleuses captures de ce que je vous explique le tout trouvé sur non moins merveilleux site Zéro-Sociaux. Attention, ça peut être gore.
La dernière photo est un placenta, vous pourrez l’agrandir en cliquant dessus. Et le père qui a posté ça dit quelque chose du genre » Ce fut ta maison pendant ces 9 derniers mois, t’inquiète on a un 4/5 pièces ».
Voilà.
Votre cuite, en couple.
Nous abordons ici un sujet très sensible, un sujet qui va lancer à mes trousses un grand nombre d’intégristes. Non je vais pas encore vous dire que je veux pas d’enfants et que j’emmerde l’horloge biologique. Non, ça va je vous épargne là dessus, non pas que je n’ai pas des choses à dire, mais je crains de finir par me répéter. Je vais parler d’un sujet encore plus sensible. Celui de l’alcool.
Alors oui, j’ai déjà parlé de l’alcool mignon en couple, le fameux alcoolisme de couple, celui qui fait qu’on roucoule en buvant en bouteille de vin et en boulotant du fromage, là, je vais parler des terribles cuites qui peuvent nous tomber dessus, pouf comme ça, sans même qu’on leur demande de venir, et parfois aussi en leur demandant de ramener leur fraise, soyons honnêtes.
Vous ne savez pas encore que suite à l’article sur l’alcoolisme de couple, j’ai reçu un mail, fort adorable au demeurant, me souhaitant d’être très heureuse, mais qui me priait de toute son âme d’arrêter l’alcool. Je suis très touchée de recevoir ce genre de mail, et je remercie le lecteur pour sa sollicitude, mais soyons sérieux cinq minutes…
Bref, je retente le diable, tant pis si j’ai toutes les ligues de bonne vertu aux fesses
Car oui madame, il arrive parfois, qu’en soirée, on boive trop. Beaucoup trop pour ce que notre corps peut gérer, et bien trop pour copuler avec son pathignon en rentrant, et vraiment trop pour être un être humain le lendemain. Ce n’est pas qu’on ne sait pas s’amuser sans boire, le principal argument des ligues de vertu pour nous dire qu’on est pathétiques, accros à la bibine, et qu’on finira dans un caniveau le nez rouge et le ventre boursouflé. En fait non, on s’amuse juste différemment quand on ne boit pas. On va à Disneyland par exemple. En soirée, c’est juste bon, en goût, si, si, et plus la soirée dure, plus les opportunités de trinquer avec quelqu’un se multiplient, donc on se laisse entrainer comme des chiots mal dressés. En plus, on peut dire plein de bêtises.
Il était une fois un couple de pathignons à une soirée. Plus spécialement à une crémaillère. Le contexte était idéal, car les soirées en appartement sont les soirées où l’on boit le plus : ça revient moins cher. Ce qui au passage fait bien rire quand on entend ceux qui nous gouvernent fermer les bars plus tôt pour empêcher les gens de piccoler. Ils arrivent avec une bouteille de rouge chacun. Ils ont peu mangé car ils viennent directement depuis un long voyage en train. A leur arrivée, ils prennent un verre de rouge. Puis un deuxième car il est très bon. Puis un troisième pour accompagner quelqu’un, c’est quand même la moindre des choses. Les pathignons se séparent, monsieur va parler musique à droite à gauche, mademoiselle va parler de bite dans la cuisine. On lui propose de la bière, elle accepte. Un garçon approche le pathignon, il lui sert du whisky, son péché mignon. Puis les choses deviennent plus floues. La demoiselle est toujours à la bière, et la rumeur veut que le garçon soit lui tombé sur une bouteille de vodka, comme ça, pouf.
Quelques minutes, heures, quarts d’heure, on ne sait pas exactement, plus tard, le garçon retrouve la demoiselle en train de discuter dans le salon. Il s’allonge sur le sol, et se met à battre des bras en cadence. La demoiselle sonne sa petite alerte personnelle, et s’en va lui chercher un verre d’eau. Le garçon disparaît, elle le retrouve un peu plus loin, un peu plus pâle, un peu plus mal, et décide de le ramener en taxi en lui parlant tout doucement.
Le lendemain, elle lui apportera verres d’eau, de coca, lui préparera des œufs avec du bacon, pour le faire éponger un peu. Toujours avec amour.
Trois semaines plus tard, la demoiselle est sans son pathignon à un apéro dans un bar. Bar désespérément pas cher pour la ville et le quartier, alors tout le monde en profite joyeusement. Les bières s’enchaînent, elle commande une assiette de charcuterie et de fromage, puis une décision quasi collective est prise, celle de passer au mojito. A un moment de la conversation où elle parlait le plus sérieusement du monde de masque à l’argile pour le visage avec un garçon, ce qui aurait dû lui mettre la puce à l’oreille sur sa condition, sa tête se met à tourner. Pas folle, prudente et pleine de sagesse, elle décide de rentrer. Elle sort, elle appelle son pathignon, loin pour le week-end, pour lui raconter sa soirée. Elle se trompe de côté, atterri au mauvais métro, prend finalement trois correspondances pour rentrer chez elle. Elle se couche, commettant même le sacrilège de ne pas se démaquiller, pratique honnie s’il en est. Sa tête tourne, elle veut son pathignon, mais elle commande à son corps de dormir, alors celui ci s’exécute.
Le lendemain, elle avait soif, elle avait faim, elle n’avait pas la force de se préparer des œufs, toute seule, comme une malheureuse, alors vers midi elle appela à la rescousse l’ultime sauveur pour se sustenter, dieu le père en personne, et faire passer cette foutue sensation d’être patraque : le livreur de sushis. Le poisson cru, le riz et la soupe remplirent leur office, mais – était-ce psychologique – bien moins que quand il s’agit d’œufs et de bacon préparés par le pathignon.
Moralité : la cuite, à deux, c’est mieux.





