Des nouvelles du front

7 avril 2014

Si vous avez suivi, que vous êtes encore là, polis, agréables et bien coiffés – je ne parle pas aux autres – vous savez qu’il y a bientôt un an, je m’étais lancée dans un projet aussi ambitieux que stupide, écrire un roman et l’envoyer à un concours littéraire.

Certains matins – on va arrêter de se mentir sur le « chaque » – je me levais pour écrire au café, j’avais déjoué tous les pièges ou presque : le lieu pratique et pas loin de chez moi, le matériel léger pour ne pas chouiner toute la journée que mon sac est trop lourd à cause de l’ordi, le distributeur à portée pour ne pas ne pas y aller car je n’ai pas de liquide sur moi. Ne restait que les apéros qui handicapaient parfois mon rythme. Et, contre toute attente, j’ai terminé à l’heure, quasi.
Alors je l’ai envoyé ce manuscrit, encore à moitié corrigé, imparfait, avec plein de trucs que je n’assumais pas, des idées qui m’ont fait me consumer de honte quelques jours après mais je l’ai envoyé. Il est arrivé à bon port. Je me disais qu’avec un peu de chance, j’aurais des retours positifs et que si tout allait bien je tenterais quand même le coup de l’envoyer par la poste, à l’ancienne, à des maisons d’édition, car dans le doute…

3 mois plus tard, cette andouille de manuscrit était en finale face à 4 autres copains anonymes. J’étais au-delà de l’hystérie pendant quelques jours, puis je l’ai soigneusement remisé dans un coin de ma tête, pour avoir une nouvelle montée de stress quelques jours avant la délibération finale du jury. C’est finalement un des quatre autres manuscrits qui a décroché la lune.
Ce soir-là, j’ai fêté alternativement mon départ de mon ancienne agence et noyé ma défaite dans un breuvage vert translucide dont je savais pertinemment que c’était ma kryptonite. Ce qui a donné un curieux mélange, un état proche de l’Ohio et des souvenirs brumeux. Le lendemain, j’ai cru ne jamais passer la journée vivante. Le Dernier Garçon m’a laissée à un endroit le matin, et m’a retrouvée dans la même position le soir, mi inquiet, mi rigolard.

Pendant plusieurs semaines, j’ai pesté contre le jury, me demandant s’ils n’avaient pas 75 ans, ces vieux croulants, réfutant certaines critiques, dramatisant les autres. Bref, j’ai digéré longuement. Je refusais de le rouvrir, ce machin de manuscrit tout pourri, et j’ai bien failli tout foutre au feu.

Le week-end dernier, on est partis en week-end en amoureux, boire de la bière et manger des frites. Comme cela m’arrive souvent, ce fut entre deux bières qui tapaient beaucoup trop que j’ai pris la décision de m’y remettre, de faire ce que j’avais dit que je ferais dès le départ : corriger sérieusement et l’envoyer, on verra bien qui y répondra. Au moins, on ne pourra pas dire que je n’ai pas essayé.

J’espère ne pas devenir comme tous ces aspirants auteurs frustrés, qui allant de refus en refus des maisons d’édition accusent le système d’être corrompu, virent dans le complotisme le plus complet et finissent par se considérer comme des grands génies incompris, car on sait tous que les plus grands auteurs ont tous été refusés par telle ou telle maison. Moi, je suis juste une fille qui a un manuscrit à perfectionner, j’espère juste qu’il est un peu drôle, j’y ai mis un peu de moi, un peu de mes idéaux, et de nombreux cafés, chocolats, jus de fruits à m’en occuper.

Au pire, j’écrirais le deuxième.

Tous les matins elle se levait…

30 août 2013

…pour écrire dans un café, lai lai lai lai.

Je vous ai dit que j’avais une passion déraisonnée pour Joe Dassin ?

A l’atelier d’écriture de la Fondation Bouygues, on nous avait expliqué que le plus important pour écrire, c’était de se trouver une routine. De se chercher un moment, un lieu, une façon d’écrire qui nous conviendra et nous permettra de produire (même si c’est allongé sur le sol, le tout c’est que ça fonctionne).

Je l’ai déjà dit, il m’est impossible d’écrire chez moi, mon appartement est hanté, et je n’ai pas de bureau. En sus, je suis une fonctionnaire de l’écriture, il m’est impossible de produire quoi que ce soit le week-end. Alors, j’ai creusé, creusé… ma cervelle, jusqu’à arriver à la conclusion toute simple : il fallait que je me lève plus tôt tous les matins où c’était possible pour aller écrire dans un café. Et m’y tenir, vraiment, que ce soit pas comme la résolution d’aller à la salle de sport le 1er janvier.

Alors, beaucoup de matins par semaine, je suis allée écrire dans un café. De 8 heures à 9 heures. Pas tous les matins, non, soyons sérieux, juste ceux où j’arrive à me lever, jamais le lundi donc.

J’ai commencé par la chaîne américaine au logo vert, mais je me suis fâchée avec les équipiers, alors on m’a dégotée un café bobo dans mon quartier. J’y croise les pré travailleurs du matin : ordis, tablettes, journaux. J’ai découvert que le café me rendait souvent malade juste après, alors maintenant j’alterne entre des thés légers et du chocolat chaud.

J’ai entrepris d’écrire un roman, avec pleins de personnages auxquels il arrive des trucs et des machins. Je suis une créatrice cruelle, ils n’ont jamais de chance. Ils sont imparfaits et souvent absurdes.

Je n’aurais jamais pensé que ce serait si facile d’écrire sur eux. Au début on pense que ça va être douloureux, compliqué, que les mots vont avoir du mal à sortir. Qu’on aura envie de passer l’ordinateur par la fenêtre en hurlant, en courant nue dans les rues pour évacuer sa frustration. En fait non, c’est simple, c’est limpide, c’est comme si je faisais connaissance une heure par jour avec une bande d’inconnus qui pourraient être mes meilleurs copains.

Bien sûr, de mon côté, je trouve ça cliché, bâclé, cousu de fil blanc. Je les connais tellement bien après tout. Je peux prévoir la moindre de leurs réactions, parfois le fil de leurs vies s’impose à moi. Ils ont une existence qui m’échappe dans le document Word. Ils me déçoivent ou bien me surprennent. Le Dernier Garçon, relecteur en chef, adore, mais ce garçon a l’objectivité d’une mère louve.

Bien sûr, j’adore les avis positifs, j’adorerai que ce soit publié un jour (rêvons !). Mais dans le fond, ce qui est important c’est que j’ai rencontré une chouette bande de nouveaux copains.

Childproof

10 juin 2013

J’ai un énorme défaut. Je l’ai déjà dit, je ne sais pas faire la conversation. Je ne sais pas parler de la pluie et du beau temps, je ne sais pas rire à des blagues qui ne me font pas rire, je ne sais pas non plus feindre l’intérêt. Genre jamais.

Cela fait de moi quelqu’un de très honnête, forcément, de formidable avec ses amis – je les ai choisis – mais d’exécrable en société. Les mariages où les vieilles tantes, belles-soeurs, viennent engager la conversation sur un sujet qui me passe complètement au dessus sont proches du calvaire. J’ai une sainte horreur de raconter ma vie à des inconnus, je déteste qu’on me regarde bizarrement quand je dis ce que je fais dans la vie, même si je les comprends moi aussi je trouve cela bizarre, j’ai tendance à résumer cela par “brasser de l’air sur internet”, ce qui n’est évidement pas une profession. D’ailleurs, c’est rigolo, mais “élever des brebis” n’est pas non plus une ambition très acceptable. En même temps, Internet, il faut tout réexpliquer à chaque fois, c’est agaçant.

Concrètement, c’est assez handicapant socialement. Je passe pour une névrosée introvertie ou bien pour une vieille harpie. Je préfère la harpie. J’arrive tout de même à assumer, car il y a toujours dans le lot quelqu’un que ça va faire rire, sauf aux mariages avec les vieilles tantes, mais j’ai perdu tout espoir de faire rire qui que ce soit que je ne connais pas personnellement et pour qui je n’ai pas beaucoup d’amour à un mariage.

Cela devient plus compliqué quand il faut s’extasier devant un enfant. C’est à dire que j’arrive à un âge où l’on croise des petits enfants en soirée, oui. Des petits, des plus grand, des filles, des garcons, des bruyants, des qui cherchent à attirer l’attention. Moi les enfants qui ne me sont pas proches (déjà que les proches…) que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, cela ne m’intéresse absolument pas. Je n’ai rien à leur dire, je me contrefous de savoir leur âge et s’ils travaillent bien à l’école. Je veux dire, on ne se connait pas. D’ailleurs, sérieusement on dit quoi à un enfant ? On applaudit quand il tape sur un tambour ? Faut il lui faire des bisous ? Lui dire qu’il est beau, intelligent ? Bien sûr, on me donnerait un manuel, je serais bien incapable de faire semblant.

L’autre soir, un enfant a tenté d’entrer en communication avec moi. Là où le chat est malin, il ne va pas vers les gens qui lui sont ouvertement hostiles, l’enfant est venu me voir. Je n’ai rien contre lui, bien sûr, on n’a juste pas le même âge et pas les mêmes centres d’intérêts, peut être que dans 15 ans on discutera lui et moi. Et il m’a fait “coucou”. Dans mon dos, alors que je discutais d’un truc qui m’intéresse – sans doute de soins pour la peau – avec une copine. Je ne savais pas quoi faire, alors je n’ai pas bougé, pétrifiée. Il a refait coucou, plusieurs fois. Je n’ai toujours pas bougé, je ne savais pas quoi faire. Fallait-il faire un high-five ? Faire coucou en retour, au risque qu’il me lance la balle ?

Ce n’est pas du trolling, c’est un fait. Je rigole doucement quand on nous dit que certaines choses sont naturelles, que dalle ! Il y a des gens pour qui cela fait partie d’eux de s’extasier et de faire coucou, pour qui c’est mignon, sympa, rigolo. Un peu comme certains aiment le sucré, et d’autres le salé. Puis il y a les autres, qui n’ont pas ce même sens de l’humour et aucune sensibilité à ce genre de mignonnerie.

Je suis pire que childfree, je suis childproof.

Labo de l’écriture « Nouveaux Talents » : compte-rendu

27 mars 2013

Pendant quatre jours, de jeudi à dimanche, j’ai donc participé au Labo d’Ecriture organisé avec le soutien de la Fondation Bouygues Telecom. Enfin, quand je dis “participé”, je devrais plutôt dire que j’ai été embarquée, immergée dans une aventure aussi exaltante qu’épuisante.

Cet atelier avait un but tout simple : donner à des aspirants « écrivains » une boîte à outils pour les guider vers le vrai chemin de l’écriture, celui qui fera qu’ils vont tisser une histoire et la coucher sur du papier.

A dix autour d’une table, on a écouté religieusement Bruno Tessarech qui animait l’atelier. On a parlé de ce qui compose un roman, d’où commence une histoire, de pour qui on écrit. On s’est rassurés aussi, beaucoup. Non, écrire sur la durée n’est jamais facile. Il faut un cadre, un lieu, limite passer un contrat avec soi même et se dire : « le 15 mai, j’aurais terminé ce texte, et je me débrouille ». Il nous a raconté l’histoire de Nathalie Sarraute, qui a écrit tous ses livres au troquet d’en bas, alors même qu’elle avait un immense appartement à St Germain, toujours sur le même guéridon, seule dans son coin à écouter l’animation autour. Chez elle, elle en était incapable.

Tout de suite, cela me rassure sur mon incapacité à écrire depuis mon canapé. J’ai alors posé une question rationnelle dont j’ai le secret « mais comment on fait quand on est salarié ? ». Bah, on se débrouille, on écrit le week-end et pendant les vacances. Il est évident qu’on ne va pas y arriver le soir en rentrant de chez soi, pas sur la durée du moins. Du coup, je vais tâcher de m’organiser pour me lever plus tôt certains jours, et partir écrire dans un lieu accueillant dehors, avec une petite tablette pas trop lourde.

C’est sûr que je ne ferais pas ça les lendemains d’apéros.

Il nous a expliqué que l’écrivain, ce n’étais pas celui qui était au cœur de l’action, c’était le mec au vestiaire dans une soirée, la fille dans un coin qui observe. C’est de cette capacité à observer les choses infimes et à les transformer en histoire que nait l’écrivain.

Pendant quatre jours, on a été traités comme tels, comme des écrivains, aspirants peut être mais écrivains quand même. Sans se poser la question de savoir si c’était sérieux cette histoire, si on était suffisamment talentueux, ou si on avait lu assez de classiques. Non, on était là, volontaires, attentifs et c’était bien l’essentiel. Car, toujours selon Bruno, et j’ai trouvé cela très juste, écrivain on l’est si on écrit, seul l’éditeur peut nous transformer en auteur. On peut être écrivain toute sa vie sans jamais être auteur, et qu’est ce que ça change si on n’a pas envie de l’être ?

Je dis épuisant, car pendant cet atelier, on a écouté, écrit bien sûr, sur des exercices donnés. Mais on a aussi beaucoup réfléchi : j’avais le cerveau qui tournait à cent à l’heure, pendant les quatre heure jour que cela durait. J’écoutais d’une part, je cogitais à mes propres projets, j’étais attentive aux textes des autres, je prenais des notes, et je faisais mes exercices, consciencieusement. Autant vous dire que je n’ai jamais été aussi attentive à un « cours ».

J’en suis sortie reboostée, pleine d’idées pour écrire, des trucs, des machins, des nouvelles, de la fiction. Des trucs qui font rire surtout, même si j’ai parfois cette vieille culture académique qui me fait dire que si c’est trop léger personne n’en voudra que l’écrit c’est surtout des trucs chargés, lourds, difficiles. Bruno, il a paraphrasé Cocteau et nous a dit de tout simplement faire ce qu’on sait et a envie de faire.

Je ne peux que vous inviter à aller sur le site de la Fondation dédiée à ce projet d’accompagner les écrivains http://lesnouveauxtalents.fr et si, l’an prochain, le cœur vous en dit, postulez pour le Labo, cela en vaut la peine.