Partir un jour
Les choses vont et viennent selon des cycles, des emménagements, on passe aux déménagements, des arrivées on passe aux départ, et ainsi de suite. Ces derniers temps, une partie de mon entourage est dans une phase « partir un jour », pour aller s’installer un peu plus loin.
Je suis déjà partie un jour, il y a quatre ans, j’ai quitté Lyon car j’en avais fait le tour. Cette ville était décidément très bien pour étudier, mais une fois passée la période, si l’on n’était pas en couple, point de salut. De même qu’il me fallait bien un boulot. Alors j’ai pris mes fringues, des meubles et je suis venue sur Paris pour bosser, et j’y suis restée. Cette nouvelle ville ayant bien plus à m’offrir que ma ville natale.
Bien sûr, quand on a plein de personnes autour de soi qui déménagent pour faire le chemin inverse, on se pose forcément un peu la question : dois-je partir ?
Je ne reviendrais pas sur le débat stupide qui oppose la vie dans nos belles villes de province et la capitale, tout simplement car je trouve ça d’une débilité sans nom, que je vomis les crétins qui viennent narguer les Parisiens au moindre rayon de soleil avec leur « hé regardez moi j’ai de l’espace pour me mettre au soleil, pas vous qui vous entassez aux Buttes-Chaumont hahaha», tout comme je vomis les parisiens qui ne jurent que par leur ville d’un air snob.
J’ai toujours trouvé l’attachement extrême à une région – dont parfois on n’est même pas originaire – complètement ridicule, à une époque où tout est assez ouvert et où les déplacements sont d’une facilité déconcertante. Cessez donc de vous comparer la bite pour savoir si vous payez plus cher ou moins cher votre T3 ; chaque ville, région ou pays correspond à un mode de vie, à des avantages, à des inconvénients, chacun les siens, chacun ses choix. Puis concrètement si on n’a d’objectif dans la vie que d’avoir plus de mètres carrés, mieux vaut tout arrêter, tout de suite.
Du coup, on se pose la question, on s’interroge. S’il fallait raisonner en qualité de vie, je dirais celle que j’ai ici me convient très bien, merci. J’ai un appartement très joli bien que hanté, aucun souci matériel majeur sans pour autant rouler sur l’or (et je m’en fous), je n’ai ni le permis ni aucune envie d’avoir besoin d’une voiture, et je suis dans un secteur professionnel où j’aurais toujours plus d’opportunités ici que là-bas. Sauf que ces réflexions, j’aurais très bien pu me les faire en quittant Lyon, j’aurais très bien pu me débrouiller pour trouver un boulot là-bas, j’aurais eu un appart sympa, j’y ai des amis, et je me serais bien débrouillé pour me trouver un boulot. Mais je préfère raisonner en termes d’aspirations et d’envies. A ce niveau-là, j’ai beau être en couple, je n’ai toujours pas envie de rentrer à Lyon y mener une petite vie tranquille. Le tumulte parisien, où tout va très vite, où il y a toujours plein de gens, partout, où l’on fait des rencontres aussi vite qu’on en perd, où l’on sait qu’on peut être surpris en bien comme en mal un peu tous les jours me va très bien dans le fond. D’ailleurs, je crois que la simple idée d’être la plus vieille du bar tendrait à m’angoisser un poil.
Finalement, ma vie à Paris, on aura beau me vanter les mérites d’en partir et dénigrer cette ville pour ses défauts évidents, je crois que j’en ai toujours pas fait le tour.
La main au cul
Je fais partie de cette race d’urbains actifs à la chance rare, de ceux qui auraient du jouer au loto le jour où ils ont trouvé leur logement. Non je n’ai pas de terrasse, j’ai bien mieux que ça : je suis à 10 minutes en transport de mon travail. Pire que tout, j’ai deux bus et un métro qui assurent le trajet. Je pourrais marcher, oui, mais je me fais seulement quand il ne fait pas froid.
C’était un soir habituel, j’avais raté les bus, je devais être chez moi assez rapidement, alors dans un éclair de folie, j’ai décidé de prendre le métro pour deux stations. Bien sûr, le métro est rempli à craquer, il l’est aussi un dimanche soir à 22h, alors un soir de semaine, je n’allais pas échapper à la bousculade.
Je laisse passer une première rame, je monte dans la deuxième. Tout le monde se serre, je suis comprimée de partout, je me fais toute petite, je serre mon sac contre moi comme une petite vieille.
Au bout d’un moment je réalise qu’un sac m’oppresse fortement le haut de la cuisse. Je tourne un peu la tête pour voir, je m’agite, un bras disparaît de mon champ de vision, et je réalise que ce n’était pas un sac qui frottait le haut de ma cuisse, mais un mec, qui était proprement en train de me tripoter. Je le regarde, il me tourne ostensiblement le dos, musique très fort dans les oreilles.
C’est le moment où le métro a choisi d’arriver à ma destination. Je suis descendue ; j’étais sciée de ce qui venait de se passer, et d’un coup d’un seul je me suis sentie tellement conne.
A me dire que j’aurais du lui filer un violent coup sur l’épaule, le traiter de con, de connard, de dégueulasse, lui demander c’est quoi ton problème pauvre type, et lui hurler touche à ton cul connard. Lui foutre la honte devant tout le monde comme on dit.
J’aurais voulu, j’aurais du être capable de lui dire ça, mais putain l’effet de surprise et l’incongruité de la situation ont fait que j’en ai pas été foutue. Des filles comme moi, qu’un gros dégueulasse se permet de tripoter comme ça, l’air de rien, profitant de la situation, je suis sûre qu’il y en a plein, qui sont tellement sous l’effet de la surprise qu’elles arrivent pas à se défendre.
Alors voilà, j’ai pas envie que ça se reproduise, mais si ça doit arriver, je fais un vœu : d’être capable de lui rentrer dans le lard à ce gros porc, et si on s’y met toutes, avec un peu de chance, ils y réfléchiront à deux fois.
Projet du jour, bonjour
Je ne sais pas si vous vous souvenez mais il y a quelque temps j’étais passée au grand Webze (une émission sur le web qui passe sur France 5). Je suis déjà revenue sur l’émission en général sur leur site, alors j’aimerais ici revenir sur quelque chose qui y est fortement relié. A chaque fois que j’ai eu le malheur d’exposer mon visage à la TV, j’ai eu (à la louche) 75% de réactions sur mon physique. Certaines positives, certaines carrément méchantes, et d’autre que je qualifierai d’une bêtise à se taper la tête comme les murs.
Parmi le top de tête des bécasses, j’ai eu le « c’est pas bien, tu fais la gueule ». En vrai, non j’ai juste un visage pas souriant, est-ce ma faute ? Est ce que cela veut dire que je fais la tête pour autant ? En fait non, j’apparais juste telle que Mère Nature a bien voulu me créer, avec un petit peu de maquillage et les cheveux propres en sus. « Non mais tu comprends, il faut sourire ». Et donc il faut sourire quand c’est pas drôle ? Je suis quoi ? Pompom girl ?
Plus sérieusement, j’ai commencé à me dire que notre existence était faite de tout un tas de normes à la con qui pouvaient parfois devenir carrément blessantes. A la place de ne pas sourire, j’aurais été grosse, on me l’aurait sans doute fait remarquer de la même manière, sans doute pas par les mêmes personnes, mais quand même. Alors que je demande juste qu’on me laisse sourire quand c’est vraiment drôle.
C’est pour ça que j’ai eu une petite idée, l’envie de créer un espace où l’on pourrait rigoler de ces putains de normes, en parler sans complexe, sous la forme d’un webzine féminin, qui compte bien parler de tout ce qui intéresse les femmes, avec un poil d’humour, mais sans jamais dire à quelqu’un qu’elle est trop ceci ou trop cela.
Ce projet, il est sorti aujourd’hui et il se nomme : Poils & Capitons.
C’est un peu mon bébé du moment, j’ai passé pas mal de temps dessus à réunir des copines, boire des bières, définir la ligne éditoriale, l’ergonomie générale du truc, le planning, les premières contributions. Je disparais pas du blog pour autant, je n’y traiterai pas du tout le mêmes sujets, mais entre Poils&Capitons et une nouvelle à corriger (car une des nouvelles écrites ces derniers temps est une des glorieuses lauréates d’un concours de nouvelles), j’ai manqué un poil d’opportunités pour écrire ici.
Le mystère des gants Mappa
Cette histoire a été racontée un peu partout, sur Twitter, sur Facebook, et à qui voulait l’entendre pour essayer d’y trouver une explication rationnelle, mais malgré toutes ces bonnes volontés, le mystère n’est toujours pas résolu, alors je vous le confie.
Nous rentrions gaiement d’une soirée. Après 3 bouteilles de vin à 4, nous étions, avouons-le, un peu ivres. C’était un samedi vers 3 heures du matin. Une fois la porte ouverte, je jette mes fringues sur les patères, en m’étalant, je jette mes chaussures dans l’entrée pendant que le Dernier Garçon remet mon écharpe, mon manteau et ma veste sur la même patère, et aligne mes chaussures avec les autres.
Il s’avance vers la cuisine pour s’hydrater d’un verre d’eau salvateur. C’est alors qu’il remarque, insolemment plantée sur le rebord de l’évier, une paire de gants Mappa roses. Collés l’un sur l’autre car ils ont un peu fondu.
Le problème étant qu’on n’a jamais eu de gants Mappa de notre vie, cela me rappelle trop ma mère qui en portait pour récurer toute la maison à la javel. Et aucune raison pour que quoi que ce soit fonde sur l’évier la seule source de chaleur à proximité sont les plaques à induction. Merveilleuse technologie qui n’a jamais fait fondre du plastique, surtout pas à distance. On troque donc notre joyeuse couleur rosée due à l’abus de vin rouge pour une teinte verdâtre.
Je fais le tour de l’appartement : les ordinateurs portables sont toujours là, le chat va bien, la console aussi, rien n’a disparu. J’ouvre les placards, regarde sous le lit, le canapé, la baignoire, ouvre le panier à linge : rien ni personne ne s’y cache. Aucune fenêtre n’est ouverte non plus et la porte a fonctionné le plus normalement du monde.
Chacun de nous a ses clefs, et la porte blindée arbore des serrures un peu compliquées à forcer, surtout quand tout est fermé à double tour, les doubles des clefs sont également compliqués à faire refaire. Le matin, les gants Mappa étaient encore là, ce n’était donc pas l’alcool non plus.
Tout naturellement, on commence un peu à angoisser, en se rappelant que de l’appartement ont disparu mon chargeur d’ordinateur, et une écharpe et un pantalon de costume qui appartenaient à monsieur. Monsieur pense à un intrus qui aurait les clefs alors on ferme tous les loquets de l’intérieur la nuit depuis, moi je pense à un fantôme farceur qui habite ici depuis des années et qui se manifesterait à nous de temps en temps. Il pique mon chargeur d’ordinateur pour alimenter le sien, car l’au-delà est désormais bien équipé, et a trouvé les affaires de monsieur à son goût. Puis, un jour, il nous a dit de faire un peu plus le ménage et pour nous remercier des affaires qu’il s’est octroyées, a décidé de nous offrir des gants Mappa roses.
Je ne vois pas d’autre explication.
Le temps a passé, et on vit avec l’hypothèse de revoir apparaître ou disparaître des choses farfelues dans l’appartement. Ce qui n’est pas sans me générer certaines angoisses au moment de m’endormir, où je m’exclame, dans un sursaut « La porte est fermée de l’intérieur ? ». D’ailleurs, l’autre nuit, je suis réveillée, toujours en sursaut par le Dernier Garçon, qui a allumé la lumière et semble chercher quelque chose autour du lit. Je lui demande ce qui se passe, il éteint et me dit qu’il m’expliquera. Je tente de me rapprocher, douce et rassurante, et je me fais rabrouer.
Il se rendort. Alors que je dormais comme une bienheureuse, je me retrouve à angoisser, me disant qu’il a du voir notre fantôme traverser l’appartement et qu’il a allumer la lumière pour le faire fuir. J’attrape le chat contre moi, car comme chacun sait, les animaux sentent les esprits invisibles autour. Oui c’est pour cela que votre chat miaule après des choses invisibles.
aAprès une petite heure de terreur avec le chat en peluche, j’ai fini par me rendormir. Le matin, je demande donc au Dernier Garçon ce qu’il a vu.
« Hein ? Mais j’ai rien vu, de quoi tu parles ? … La lumière ? J’ai allumé la lumière ? Ah mais je rêvais que je cherchais mon portefeuille, ça me semblait normal d’allumer la lumière ».
Ah.
Tout ceci ne me rendra pas mon chargeur d’ordinateur.
Dans la catégorie Marion et ses bêtises | 35 commentaires
Les amis de 20 ans, et puis les autres
Quand j’étais au Lycée, j’ai eu en classe de seconde un professeur d’anglais désabusé d’à peu près tout. Un jour, en cours, il nous avait dit « Méfiez-vous toujours de vos amis ». Je l’avais regardé un air offusqué, considérant à l’époque que l’amitié était une valeur tellement importante qu’on ne pouvait pas la traiter de la sorte.
Remarquant mon agitation, il avait ajouté « sauf peut être ceux que vous avez depuis 20 ans ».
Après le cours, j’en avais parlé à Dassou, qui était pour cette unique année de scolarité du secondaire dans une classe différente de la mienne. On en avait conclu qu’on se connaissait déjà depuis plus de dix ans, et qu’on atteindrait très vite les vingt ans d’amitié, avant de prévoir notre plus belle paire de Buffalos pour aller en boîte le samedi soir. Cela m’avait rassurée et je n’avais plus repensé à cette énième et terrible prophétie de mon prof d’anglais, car des prophéties sur la fin du monde et assimilés, il en faisait beaucoup.
Dix ans plus tard, on ne s’était pas menti : on est effectivement devenues des amis de vingt ans, qui même sans se voir pendant des mois, arrivent toujours à éclater du même rire gras sur un coin de bar pour une histoire de couilles.
Sauf que, la prophétie du professeur d’anglais s’avère finalement vraie, quelques que soient mes espoirs d’adolescente qui se disait « non mais les amis c’est sacré », « ça dure toujours ». Force est de constater que ce n’est pas le cas pour tout le monde, c’est d’ailleurs un sujet très récurrent d’agacement chez moi. Sans doute qu’à chaque étape un peu signifiante de ma vie, je perds quelques plumes au passage. D’ailleurs, chat échaudé craint l’eau froide, j’accorde mon amitié beaucoup moins facilement qu’avant.
En vrai non, l’amitié n’est sacrée pour personne. Quand elle est présente, elle est importante et présente sur un temps restreint qui va de A, jusqu’à un B un peu flou où l’on se rend compte qu’il n’y a plus rien. Un peu comme si l’on gambadait joyeusement sur deux chemins parallèles pendant quelques années, avant qu’ils finissent par se séparer et que l’on se retrouve éloignés pour de bon, n’ayant plus rien à se dire, sans grand espoir de revenir en arrière.
Je sais que le parallèle avec les autres histoires, celles d’amour, est facile à faire. C’est que l’amitié, ça s’entretient. Surtout quand le temps libre qui s’offre à nous tend à se rétrécir cruellement, ce sont des moments à ménager, des priorités à attribuer aux gens qu’on aime, sans quoi on se retrouve à avancer tête baissée sans réaliser qu’autour certains trucs s’évaporent et que l’on se retrouve, comme un con, tout seul.
D’ailleurs, c’est terrible la fin d’une histoire d’amitié, car sauf gros clash, on ne se retrouve pas à se chercher un nouveau bail, une nouvelle vie après la fameuse prise de décision qui changera tout, on n’a aucune période de transition pour faire son deuil. Non, juste un jour, on se croise sur une avenue fréquentée, on se dit que cela fait trop longtemps qu’on ne s’est pas vus, qu’il faut qu’on se fasse un truc. De « truc » il n’y a jamais, et cette entrevue disparaît aussi soudainement qu’elle est arrivée.
Heureusement qu’il nous reste les amis de vingt ans.
2012
2011 aura été une drôle d’année. À la fois en ayant apporté des trucs chouettes, mais aussi des emmerdes, et pas mal de contrariétés.
Si l’on regarde bien, je raconte très peu de trucs ici, au final, car dans le fond, que Monsieur soit Breton et fan de jeux vidéo n’a aucune espèce d’incidence – sauf peut-être sur mes artères – sur le reste. Une fois n’est pas coutume, je vais faire un billet J’aime/J’aime pas de cette foutue année 2011. Concept pompé chez Caroline, pour qui j’ai une véritable vénération. Je suis son blog depuis les dernières élections présidentielles, c’est vous dire si c’est un hommage. Je crois même que cela sera presque chronologique.
J’ai bien aimé aller à Londres en janvier. Une ville que je connaissais, mais c’était déjà tellement loin dans le temps. Les pubs, les fringues, les pubs, les mini-jupes, la bière et surtout l’incroyable bon esprit anglais.
Pour rester dans les voyages, j’ai bien aimé aller skier, mais c’était surtout pour manger du fromage le soir, car le ski, j’en ai chié.
J’ai moins aimé l’ambiance qu’il y avait dans mon ancien taff, avec notamment un rustre qui a par deux fois mis des affiches peu ou prou insultantes à mon égard sur un mur. J’ai moins aimé que ma hiérarchie de l’époque aie réagi en jetant l’affiche à la poubelle et c’est tout.
Du coup j’ai bien aimé changer de taff.
J’ai pas trop aimé les recherches d’appart à Paris, fastidieuses et sources de déceptions, mais j’ai bien aimé le trouver, y emménager et faire quelques menus et joyeux travaux et avoir désormais un vrai appart de « grande », qui n’est pas sous les toits, où j’ai pas froid l’hiver, et avec un peu plus qu’une salle de bain d’1 mètre carré. Mais j’aime moins le fait d’avoir une voisine du dessus à moitié folle, qui marche en talons toute la journée, passe l’aspirateur deux fois par jour le week-end et fait les 100 pas, toujours en talons, quand elle ne passe pas l’aspirateur ou bouge ses meubles. Sans compter qu’elle nous a cassé les couilles pendant la crémaillère à minuit vingt-sept pile , qu’elle est aussi sympathique qu’un pitbull, et ne dit jamais bonjour à la gardienne, pas plus qu’un centime d’étrennes.
Le corollaire diabolique du changement de taff a été la quasi absence de vacances cet été, ce qui ajouté à la sinistrose de la météo parisienne et mon métier sous les néon d’un open-space m’ont juste fait rêver d’un peu de lumière. Ça va que l’hiver est doux, sinon je serais déjà en crise de nerfs météorologique. M’en faut peu.
J’ai moins aimé avoir cette sale impression d’un délitement globalisé de ma vie amicale. Que cela soit des simples connaissances qui se révèlent être de vrais serpents – de se foutre ouvertement de la gueule du Dernier Garçon à cesser tout contact sans jamais donner de raison, même par email – ou bien qu’il s’agisse de réaliser, après des mois de malaise, qu’on a à peu près plus rien en commun avec quelqu’un qu’on considérait comme un ami très proche.
Sur le même sujet, j’aime moins ce sentiment que j’ai que tout devient plus chiant, plus normé, plus « comme il faudrait être », « comme on nous a appris » autour de moi. Mais il faut savoir que j’aime assez le fait d’être une ado attardée, et je l’assume, je n’ai jamais eu trop envie de me prendre au sérieux dans le fond.
J’aime aussi prendre la plume de temps en temps. Mais j’aimerais le faire plus souvent, avoir plus de temps pour le faire, plus de courage et sans doute plus le courage nécessaire pour me mettre en valeur comme il faudrait pour en faire quelque chose. Ce qui fait que régulièrement je suis en crise de « j’arrive à rien », ce qui nous amène directement au point suivant.
J’ai bien aimé réussir à écrire quelques nouvelles cette fin d’année, me discipliner est un putain d’exploit, mais j’aimerais réussir à en faire plus, que cela soit un vrai hobby, une vraie activité à temps partiel. Car mine de rien, même si ça vous emmerde ce blog, qu’il soit encore là, que je persiste à le tenir sporadiquement, ou bien que vous veniez lire ma déchéance de pauvre fille en couple, j’en suis venue au fait de l’écrire uniquement pour moi. Pour m’entraîner, me dérouiller, et tout simplement me détendre car j’écris de la même façon que d’autres vont suer sang et eau et courir : pour la petite décharge d’adrénaline que l’on a une fois qu’on a réussi à créer quelque chose qui nous convient.
Et soyons sérieux si je voulais vraiment choper plein de lecteurs pour faire un truc rigolo, j’irai récupérer tous les articles sur les relations amoureuso-cul du Web et de Navarre pour les réécrire à ma sauce comme un petit parasite et faire un max de SEO et de pages vues.
J’ai bien aimé que le Dernier Garçon se décarcasse pour m’organiser un anniversaire surprise avec des gens chouettes juste au moment où je trouvais que ma vie se barrait à vau-l’eau, que jamais plus je n’aurais les liens que j’ai eu avant, et que j’étais affligée par tant de seprendreauserieutrose ambiante. Bien sûr, je suis une fille qui n’exagère jamais. Jamais.
J’ai surtout aimé les chaussures à talons que j’ai eu en cadeau, et le week-end qu’il m’offre à Berlin au mois de mai. Une année, une capitale.
Puis, bien sûr, j’ai aimé le Dernier Garçon, pour lui, parce qu’il ne se prend environ jamais au sérieux, et surtout parce qu’avoir dans sa vie quelqu’un avec qu’on est en accord tout simplement est infiniment précieux. Imaginez, il me suit dans mes pires délires féministes avec sourire et conviction, lui aussi pense qu’on devrait pendre le dernier des abonnés au Club Med Gym avec le dernier des joueurs de golf, et il me fait à manger, faut pas déconner.
2011, une année mi-douce, mi-chiante, mais je suis sur les rails pour 2012, je crois. Alors bonne année lecteurs et lectrices qui passent par là.
De votre soupe je ne mangerai pas
Au mois de septembre, le Dernier Garçon est parti chahuter dans la poussière du désert du Nevada, vivre dix jours dans un camping-car et danser sur des musiques électroniques. Chacun ayant besoin de faire ses expériences spirituelles tout seul – moi ce sera une semaine de vacances avec Dassou au soleil avec open-bar s’il vous plait- j’étais restée à Paris j’en avais donc profité pour aller voir mes parents.
C’est ainsi que lors d’un dîner, mes parents se sont mis autour de moi, le plus sérieusement du monde, en prenant un air inspiré et solennel, pour me dire :
« Tu sais Marion, on l’aime beaucoup le Dernier Garçon.
- Ça tombe bien moi aussi.
- En fait on aimerait bien que tu ailles jusqu’au bout avec lui. »
Je me suis dit tout à coup que si mes parents croyaient que j’étais encore vierge on avait un sérieux problème. Donc j’ai repris, d’un air suspect
« Comment ça jusqu’au bout ?
- Bah vous marier, avoir des enfants »
- Ah. Non mais je vous ai déjà dit, je ne veux ni l’un ni l’autre. »
C’est là qu’en général, on passe au dialogue de sourds.
« Mais enfin, tu veux pas te marier, tu veux pas montrer à la société avec qui tu es , qui tu aimes? »
- Mais Papa ! J’emmerde la société ».
L’argument ado en crise qui emmerde la société avec ses Doc Marteens et son maquillage noir autour des yeux clôt en général le débat pour quelques temps. Jusqu’au moment où les lointains relents anarchistes de mon père ne suffisent plus à tuer leurs velléités de marieurs. Toute tentative de corruption féministe ne marchant pas sur ma mère, féministe dans l’âme mais préférant les petits-enfants, par ailleurs, j’ai dû inventer tout un tas d’arguments très terres à terre et plus ou moins fins pour me sortir de ce genre de pétrin.
L’argument du temps qui passe: « Non mais en fait si je me marie ce sera très tard, à 50 ans, comme ça j’ai moins de chance de finir par avoir envie de refaire ma vie avec quelqu’un d’autre, je serai trop vieille ».
L’argument d’identification : « Mais vous avez tous les deux chacun divorcé de votre côté avant de m’avoir, vous savez bien que bon, hein… »
L’argument du porte-feuille (très très très efficace) : « ça coûte très cher à organiser un mariage, même un petit, et puis on a pas trop les moyens, faudra nous aider, pour la robe, le traiteur, le château… » Là, en général mon père fronce le nez, et n’en parle plus.
L’argument identification & portefeuille : « ça coûte tellement cher un divorce… »
L’argument de la conjoncture économique (un peu similaire au précédent mais version « et ma descendance ? ») : « Mais vous savez, on vit pas une époque très sûre, alors si vous, vous avez pu me donner une enfance chouette avec un jardin, deux chiens, un chat, une jolie maison et me donner les moyens de faire ce que je voulais faire plus tard, bah, désormais c’est compliqué, on est pas vraiment sûr que les enfants qu’on fait maintenant auront la belle vie vous voyez, c’est déjà compliqué de se loger/d’avoir un boulot stable… »
L’argument esthétique (très vache, mais dans le désespoir…) « Oui alors Maman, j’ai passé toute ma vie à te voir au régime et à t’entendre t’en plaindre, après que tu m’aies eu, alors bon… »
On peut aussi dire que l’on n’en a juste pas envie, tout simplement – oui cela arrive, pour plein de raisons qui ne sont pas que celles citées ci-dessus – mais les parents sont têtus en règle générale, et il faut croire qu’ils interprètent cela de la même façon que le « j’aime pas la soupe » de nos 5 ans.
PS : Pour les curieux, le titre provient peu ou prou d’un vieux livre de morale allemande à destination des enfants, que mon père a eu en héritage et qu’il me lisait quand j’étais petite : un personnage y disant toujours « je ne mangerai pas de soupe », il finnissait très mal. Je ne sais pas l’écrire en allemand par contre. Vestige désuet d’une époque révolue.
La meuf de l’un des leurs
A 18 ans, Dassou a eu l’incroyable idée de sortir avec un mec chiant. Un vrai de vrai, apprenti comptable, golfeur, sportif, du sud, et qui aspirait à habiter pas loin de chez ses parents, en hériter et acheter une jolie maison avec piscine, tandis que sa copine resterait mince tant qu’il pourrait lui payer son abonnement à la salle de sport et se nourrissait de légumes verts uniquement.
Pendant ces quelques mois d’errance, elle a eu l’immense honneur de participer à des cousinades. Dîner où les cousins d’une même famille se retrouvent entre eux autour d’une table pour discuter. Concrètement quand elle m’a raconté ces dîners, je ne l’ai jamais crue.
Au moment du dîner, à table, les garçons, de 20 à 30 ans, se mettaient d’un côté de la table et de l’autre, les filles s’installaient. Dassou se mettait près de son dulciné, afin de ne pas se sentir trop seule. Mal lui en prenait, aucun garçon ne lui parlait vraiment, pas de « et tu fais quoi dans la vie ? » « et euh ça va ? », elle attendait que le temps passe en buvant un verre de vin. Si par malheur un garçon la prenait en pitié, et lui parlait, c’était la soupe à la grimace du côté féminin. A la fin du repas, les filles se levaient comme par enchantement, tandis que les mecs restaient à papoter. La première fois, Dassou ne s’est pas levée, un garçon l’avait justement prise en pitié, lui parlait de ses études et puis pas besoin d’être 12 par assiette non plus. Elle a donc eu droit peu après à une jolie réflexion d’une cousine : « tu aurais pu venir nous aider. »
Cette histoire, je l’ai entendue plein de fois, elle a été racontée à qui voulait l’entendre, surtout après sa rupture, hein. Mais jamais je n’y ai vraiment cru, je me disais qu’on était en 2003, que ce n’était pas possible, pas à un dîner chacun dans son coin de la façon la plus naturelle du monde comme si c’était normal, et puis la remarque sur la fille qui n’aide pas en cuisine, non soyons sérieux.
Jusqu’au jour où j’ai vu une situation de ce type de mes propres yeux. Nous étions dans le Sud, à une soirée – apéro sur une terrasse, où l’on s’installe autour d’une table. Je connaissais une partie des convives, des locaux croisés quelquefois, le Dernier Garçon avec moi. On arrive, le Dernier Garçon a droit à une accolade chaleureuse et tapage dans le dos, gros bisous et « oh c’est trop cool de te voir » de ceux qu’on connaissait un peu. Moi j’ai eu droit à la bise, pincée. Bien sûr, je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même et me dire que je suis un être particulièrement désagréable qui ne mérite qu’une bise pincée, ce qui est souvent vrai. En fait, hasard de l’échantillon, nous accompagnaient un autre couple, avec une demoiselle très solaire, celle qui attire les gros bisous et les accolades chaleureuses, accompagnée d’un garçon rustre et silencieux qui n’attire pas les accolades chaleureuses en général. Bref tout le contraire du Dernier Garçon et moi. Le garçon a eu droit à une accolade chaleureuse et à un « salut mon pote » enjoué qu’il a considéré d’un air suspect, il avait vu la personne émettrice 1 heure dans sa vie, la fille à une bise pincée.
Assis, on se met dans un petit coin, à côté des garçons, tandis qu’un groupe de fille se tenait de l’autre côté. Chacun discute dans son coin, aucun garçon ne me parle, à l’exception de ceux avec qui je suis venue et du mec qui a invité tout le monde, à moi ni même à la fille à qui tout le monde parle en général.
Concernant la fin du repas, mais c’était sans doute une hallucination, mais j’aurais juré voir des garçons se lever, partir fumer un peu plus loin tandis que les filles se levaient et rangeaient les bouteilles. C’est là que le garçon un peu autiste et désagréable (mais qu’on aime bien pour ça) avec qui l’on était venus m’a demandé :
« Mais qu’est ce qu’elles font ?
- Bah elles débarrassent »
Bien sûr, pour dire au revoir, rebelote, accolades et bises pincées ont été bien réparties.
Quand j’ai raconté cette histoire à Dassou, elle n’a pu que confirmer, avant de m’en raconter une autre.
Il y a peu, elle a eu la bonne idée d’accompagner Monsieur Dassou à une soirée où elle était la seule fille parmi des garçons qu’elle ne connaissait que peu. Pour la compréhension de l’histoire, il faut aussi savoir que Dassou est une demoiselle éminemment solaire au charme auquel aucun garçon ne résiste. Je vous le donne en mille, personne ne lui a parlé. Sauf qu’elle aurait été toute seule auprès d’un groupe de mecs similaires, mais sans être identifiée comme en couple, ils auraient fait la queue à tour de rôle pour tenter d’attirer son attention et sympathiser. C’est déjà arrivé.
Parallèle amusant, j’avais avant le dîner précédemment raconté, également fait une soirée avec les mêmes individus, des garçons, le Dernier Garçon, et moi. je m’y étais sentie aussi souhaitée qu’une verrue.
C’est juste qu’à cette soirée, Dassou était la meuf de l’un des leurs, pas juste la fille qu’on tolère à nos soirées car on va vouloir la draguer. Celle qu’on ne touche pas, et pour être sûr de pas la toucher, on ne lui parle surtout pas.
La réciproque en soirée « filles » est sans doute vraie, mes échantillons ne sont tellement pas scientifiques que je ne peux pas en tirer de conclusion. Mais quand même, l’existence même de ces quelques situations me fait un peu grincer des dents et me dit qu’il y a encore du boulot en matière de rapports aux autres.
Gargantua et Gloutonna
Il était une fois un couple qui adorait manger. Avant de se mettre ensemble, ils aimaient déjà chacun de leur côté les petits plaisirs de la table alors cela n’allait pas disparaître après. Chaque midi, Gargantua demandait à Gloutonna ce qu’elle voulait manger, chaque soir Gloutonna demandait à Gargantua ce qui lui ferait plaisir de déguster.
Petits plats en sauces, gâteaux, fromages, viandes rôties, amoureusement préparés à tour de rôle, composaient leur menu quotidien. Ils trouvaient qu’aux soirées auxquelles ils étaient invités on ne mangeait pas assez bien, alors ils décidèrent de toujours manger avant, tant pis s’il s’agissait d’un dîner, ils auraient bien encore un peu de place, leurs plats à eux étant meilleurs de toute façon. A ces mêmes dîners et soirées ils expliquaient à ceux qui les invitaient ce qu’ils s’étaient fait à manger avant de venir : des pâtes à la crème, délicieuses.
À toute personne qui ne l’avait pas demandé, ils racontaient leurs histoires de restaurants, tous invariablement délicieux et copieux, dans lesquels ils avaient leurs habitudes.
Gargantua prenait de la brioche, Gloutonna faisait du capiton, mais ils continuaient inlassablement de se demander ce qui leur ferait plaisir de manger.
Puis un jour le pays traversa une terrible crise, elle contraignait chaque citoyen à se serrer la ceinture : plus de viande, de crème, de beurre frais. Plus de bonnes choses, le pays était à la ruine, l’alimentation était hors de prix, la population était à la diète, chacun survivait en mangeant du chou bouilli. Gargantua et Gloutonna souffraient terriblement de cet état. Non seulement ils n’avaient plus rien de bon à manger, mais ils n’avaient plus rien à se dire, on ne dit pas à quelqu’un qui fait bouillir du chou et uniquement cela qu’il faudrait y rajouter encore une lichette de crème fraîche. Les temps étaient durs, alors on n’invitait plus personne. Les temps étaient terribles, on n’allait plus au restaurant.
Un jour, Gargantua, rendu fou par la frustration, décida d’ouvrir les provisions qu’il avait gardées dans un coin de l’appartement en cas de coup dur, des herbes, de l’huile, une bouteille de vin et des pommes de terre . Il fit chauffer le four, concocta une belle sauce pour la viande qu’il allait faire rôtir.
Ce soir-là, il fit un festin de roi et plus jamais personne n’entendit parler de Gloutonna.
Vivre avec un Breton
Quand on pense aux différences culturelles entre deux personnes, on pense à des religions, à des pays différents, on se dit mariage mixte, enfants métissés, mais jamais on ne pense à ces doux régionalistes qui se terrent dans une contrée humide et salée. C’est que je mange avec un Breton, je dors avec un Breton, je vais à des soirées avec un Breton, et je pars en vacances avec un Breton, et chaque fois son essence régionale s’exprime auprès de mon habitus de lyonnaise en exil.
Tout commence avec le beurre salé. C’est bon le beurre salé, c’est merveilleux avec des tartines, mais on sous-estime le militantisme et l’influence qui se cache dans cette plaquette de beurre. Très vite on se retrouve à réclamer du beurre salé à sa mère quand on rentre – dans une famille qui a des problèmes de tension – on le mélange à des tartines de Nutella, et si on prend par hasard des tartines dans un café un matin, on fait comme Monsieur, on va réclamer une salière avec. Nos artères ? Les problèmes de tension ? Mais non !
On apprend aussi que nos soirées crêpes de l’enfance sur un multi crêpes party n’en sont pas, elles sont un sacrilège, un blasphème : « surtout toi Marion qui fait des crêpes salées sur ton truc là ». Et le Breton de nous apprendre que le salé, c’est avec les galettes au sarrasin, pas à la farine de blé, et que non une galette « complète » ne se fait pas avec de la crème, voyons.
On apprend également à écrire le mot « kouign aman » – mot inconnu jusque-là – cadeau d’une belle mère nourricière quand Le Breton rentre de sa contrée natale : « Fais-le réchauffer ce sera meilleur », « Mais non c’est pas gras ».
Le Breton est persuadé d’être né dans un pays de cocagne, où il ne fait jamais froid avec toujours un grand ciel bleu et un soleil éclatant, ce qui peut s’avérer assez dramatique pour préparer des vacances : vous en bonne fille qui a passé ses étés dans le sud du pays, vous estimez que porter un gilet au mois d’août ce ne sont pas des vacances, quand lui trouve tout à fait normal de porter un pull de marin toute la journée : « Mais regarde il fait super bon ». Donc vous râlez, vous ne voulez pas vous les peler et avoir les cheveux qui frisent, lui a chaud à partir de 25C°. L’art du compromis en matière climatique est complexe, ce qui fait que quand on vous dit « En Bretagne il ne pleut que sur des cons », vous le prenez assez mal.
Au moment de choisir les vacances cela donnera peu ou prou cela :
« On peut aller en Bretagne une semaine un été !
- Mais non, je vais avoir froid.
- Mais non, je suis sûr qu’il fait aussi beau que dans le Sud en Bretagne… » et devant votre air perplexe qui menace d’allumer la Chaîne Météo pour vérifier : « Bon en Bretagne du Sud surtout ».
Puis après avoir fait preuve d’une considérable mauvaise foi climatique, il ajoutera :
« J’ai souvenir d’été où il faisait très chaud, un soir on a même pris un bain de minuit »
Dans la Manche donc, un bain de minuit, oui, oui.
Le Breton est également marin. Au début on se dit chouette un bateau, on prépare son bikini, la crème solaire, la serviette, on pense qu’on va manger des olives et boire du rosé. On se trompait, en vrai on sera trempé, un imper n’aurait pas été de trop, gelée, en pull, les cheveux emmêlés, car c’est ça la mer, la vraie, pas votre mer de pédés dans le Sud. Quand on voudrait tranquillement prendre le soleil comme la greluche que l’on est, le Breton écoute les histoires de son père qui part faire des traversées de plusieurs jours en se nourrissant de haricots blancs en conserve, à la dure, comme un vrai. Tout de suite, aller en Irlande en bateau c’est un poil plus frisquet.
Bien sûr le Breton est chauvin, amoureusement chauvin de sa patrie, mais chauvin quand même :
« Ma chérie tu es déjà allée au Mont St Michel ?
- Euh non, t’y es allé toi non ?
- Ah bah non !
- Bah ?
- C’est en Normandie ! »
Le pire étant quand le Breton se retrouve avec d’autres Bretons dans une soirée.
C’est un peu comme les retrouvailles d’une immense famille : et je te tape dans le dos, je te demande d’où tu viens, si tu connais mon grand-père, ma grand-mère, on a sans doute été au centre aéré ensemble, on fréquente la même crêperie, on a des copains en commun, des souvenirs de TGV pour y retourner, on compare les recettes de nos mamans. Et l’on dit aux autres (à tout hasard : vous l’étranger) que c’est le plus beau pays du monde, et que oui c’est vrai, il n’y pleut que sur les cons. Ils vont également se lancer dans un grand débat politique, « la ville de Nantes est-elle bretonne ? » « Faut-il brûler Nolwenn Leroy ? », puis ils vont tous se mettre d’accord en buvant un grand verre d’alcool et aller festoyer, fest-nozer sur la piste de danse. J’exagère à peine.
J’avoue aussi sans honte que la plus grande qualité du Breton est de ne pas sourciller quand j’écluse les mojitos et que je viens chanter faux les Forbans sur la piste de danse. Le matin, cela va même l’attendrir que j’entende le loup, le renard et la belette chanter.